Chute d’un symbole de la diversité aux USA: Claudine Gay, première Présidente afro-américaine de Harvard démissionne

Ce mardi 2 janvier 2024, Claudine Gay remettait sa démission en tant que présidente de l’une des plus prestigieuses universités au monde. Le 15 décembre 2022, elle avait été choisie pour devenir la 30e présidente de l’université de Harvard ( fondée en 1636) et par la même occasion, elle devenait aussi la première Afro-Américaine à ce poste.

Le 1er juillet 2023 connait une révolution au sein de la prestigieuse Université de Harvard située à Cambridge dans le Massachusetts. Du jamais vu ! Une femme, afro-américaine, devenait la Présidente d’un établissement vieux de prêt de 400 ans et qui aura vu enseigné ou étudié quelques 160 prix Nobel, 18 médailles Fields, 43 prix Pulitzer, 8 Présidents américains, plus de 30 dirigeants mondiaux… Le choix de Claudine Gay est celui qui va dans la continuité d’une politique de la diversité que Harvard a initiée avec son département « Diversité et inclusion » confié à l’historienne Sherri Ann Charleston, première directrice de la diversité et de l’inclusion.

Si la nomination de Claudine Gay au poste de présidente de Harvard fut perçue comme une avancée sans précédent, la jeune femme se retrouve très vite confrontée à une multitude de bâtons dans les roues. Six mois après sa prise de fonction officielle en juillet 2023, elle se voit contrainte de démissionner. Dans sa lettre qui acte sa décision, la politologue évoque des menaces et des propos racistes : «Il est devenu clair qu’il est dans le meilleur intérêt de Harvard que je démissionne afin que notre communauté puisse traverser ce moment de défi extraordinaire en se concentrant sur l’institution plutôt que sur un individu en particulier ».

Dès sa nomination l’été dernier, l’extrême droite américaine avait  juré sa peau. Force est de constater qu’aujourd’hui, les Trumpistes exultent et s’égosillent dans la presse. Depuis quelques semaines, elle était le sujet de nombreuses polémiques et cela a réellement commencé le lendemain des attaques du Hamas en Israël. Par la suite, la riposte disproportionnée de l’armée israélienne et la colère impuissante d’une grande majorité de la population mondiale ont libéré la parole sous forme de pétitions, de manifestations et autres initiatives pour dénoncer les bombardements aveugles. Surgit alors au sein es campus américains la question de l’antisémitisme. Le ton est donné lorsque plusieurs  organisations d’étudiants signent une lettre de soutien au peuple palestinien. Le courrier stipule qu’Israël est responsable de  l’occupation de Cisjordanie et du « régime d’apartheid » (sic) imposé aux Palestiniens.

Le texte dénonce une « violence israélienne » qui « a structuré chaque aspect de l’existence palestinienne depuis 75 ans». La missive suscitera une polémique qui remontera jusqu’aux élus du Congrès à Washington. Républicains comme Démocrates sont outrés par la tournure des choses. Où commence le soutien à un peuple asservi, bombardé, victime d’un gouvernement d’extrême droite froid et sans concession et des propos et agissements antisémites ? Claudine Gay sera alors pointée du doigt pour ne pas mettre de « l’ordre » sur son campus, en empêchant les initiatives de soutien aux Palestiniens de s’organiser.

Si la présidente de Harvard finit par publier un communiqué le 10 octobre 22023 où elle condamne les « atrocités terroristes perpétrées par le Hamas ». Elle affirme aussi dans ce texte : « qu’aucun groupe d’étudiants (…) ne parle au nom de l’université de Harvard ou de sa direction ». Mais ce communiqué ne suffira pas. Harvard, comme beaucoup de grandes universités américaines, est généreusement financé par de grosses fortunes (des centaines de multimilliardaires américains comme Bill Gates ou Mark Zuckerberg y ont étudié et certains lui rendent sous forme de dons). La position de Claudine Gay qui, pour certains, manque de clarté, a coûté le retrait du soutien de plusieurs donateurs qui soutiennent Israël dans la guerre.

Bascule du 5 décembre 2023

Presque deux mois après le début de la guerre au Moyen-Orient, les présidentes de trois universités américaines, dont Claudine Gay seront auditionnées par des membres de la Commission de l’éducation de la Chambre des représentants en raison de l’augmentation significative de l’antisémitisme sur les campus. Une élue républicaine, Elise Stefanik, se montre particulièrement virulente : « Est-ce que l’appel au génocide des Juifs viole les règles de Harvard en matière d’intimidation et de harcèlement ? », « Cela dépend du contexte si le discours devient un comportement (…) oui » diront  deux des trois présidentes dont Claudine Gay avant d’ajouter : « lorsque le discours se transforme en comportement, nous prenons des mesures ». La réponse choquera une partie de l’assemblée et des appels à sa démission seront demandés.

Dernier épisode avant démission

Début décembre, des militants conservateurs l’accusent de plagiat. Bill Ackman, un milliardaire américain, PDG de Pershing Square, a publié sur X des accusations selon lesquelles Claudine Gay aurait plagié certains de ses articles universitaires, insinuant également qu’elle aurait été choisie à la présidence de l’ Université uniquement pour « satisfaire aux exigences de diversité ». Antisémitisme, plagiat ;  Claudine Gay finira par poser sa démission le 2 janvier. La veille déjà, CNN révélait que plusieurs experts du plagiat ont étudié d’autres textes de la dorénavant ex-présidente. Des articles scientifiques qui pourraient avoir été plagiés ou dont les sources n’auraient pas été correctement citées.

 

 

 

 

 

 

 

 

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