Gloire à la jeunesse iranienne, par Firouzeh Nahavandi, Professeur honoraire, Co-présidente de l’IPFI

Firouzeh Nahavandi, sociologue, professeur honoraire
Firouzeh Nahavandi, sociologue, professeur honoraire

Alors que les communications sont coupées avec l’Iran, que la diaspora iranienne est sans informations des siens et suit avec angoisse les événements (par des moyens détournés et des contournements ingénieux), des nouvelles parviennent malgré tout. Elles relatent la tragédie que vit la population. La répression, toujours plus violente, s’est abattue sur elle et le régime élimine, emprisonne et torture sans état d’âme sa propre jeunesse, l’espoir du futur, l’accusant de délits politiques et d’être manipulée par le grand et le petit Satan, les Etats-Unis et Israël.

La mort de Mahsa Amini, 22 ans, dont les circonstances ne seront probablement jamais éclaircies, dans un commissariat de Téhéran, alors qu’elle avait été arrêtée pour « port non conforme du voile » a provoqué une vague de protestations qui, depuis le 16 septembre, ne s’arrêtent plus. Elles ont même pris de l’ampleur avec l’émoi provoqué par l’assassinat de Nika Shakarami, 16 ans, lors d’une manifestation le 20 septembre, dans des circonstances tout aussi obscures. Les morts ne se comptent plus.

La génération 2.0, mais surtout sa composante féminine, est vent debout contre un régime dont elle ne supporte plus l’islamité et la gabegie. Désespérée, elle ne voit plus aucun avenir, plus aucun espoir de changements et n’a plus rien à perdre. Elle défie le régime sous des formes qui ne pouvaient être imaginées auparavant. Elle brave tous les interdits et, en particulier, l’un des symboles fondateurs de la République islamique, le voile, qui loin d’être un bout de tissu est, depuis 1979, le pilier de l’authenticité de celle-ci, le signe visible de sa différence avec l’Occident ‘dépravé’ et ‘permissif’.

Les manifestantes, pour la plupart des adolescentes, la moyenne d’âge étant de 16 ans, sont toutes nées dans l’Iran des mollahs. Elles n’ont vécu que ses restrictions. Elles n’ont pas connu le pays où leurs mères et leurs grands-mères vivaient comme elles l’entendaient. Elles ne comprennent pas pourquoi celles qui ont fait la révolution n’ont pas bougé. Pourtant les générations précédentes ont essayé, dans un régime autocratique et patriarcal, de contourner les interdits, de résister par tous les moyens à ce qui leur était imposé, en vain. Mais il est vrai qu’elles n’ont jamais été aussi loin que les jeunes qui crient aujourd’hui leur rage.

La génération 2.0 a certes été éduquée dans l’islamiquement correct, mais elle maitrise les nouveaux moyens de communication et les réseaux sociaux. Elle veut vivre normalement. Elle veut vivre comme tout jeune de son âge. Elle veut être libre. Alors, elle chante, elle danse, elle manifeste et brule son voile. Elle s’attaque à un fondamental du régime et réclame sa fin. Les parents soutiennent malgré l’anxiété de prendre connaissance, à tout moment, de la disparition de leur enfant. Ils demandent des comptes et bravent à leur tour les dirigeants.

Cette génération est admirable de courage et de détermination. Elle commence à entraîner d’autres composantes de la population. Pourtant, sans organisation et sans leadership arrivera-t-elle à faire plier le régime ? Car simultanément, ce dernier est aussi déterminé qu’elle à mettre fin à cette révolte spontanée, il n’a plus rien à perdre non plus. Il joue sa survie.

Firouzeh Nahavandi

Professeur honoraire, co-présidente de l’IPFI

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