Lisez-vous le belge ? Iocasta Huppen auteure de haïkus

« Lisez-vous le belge ? » est un label créé lors de la mise à l’honneur de la Belgique francophone au Salon du livre de Genève en 2019. Il avait pour objectif un coup de projecteur sur la singularité de l’édition et la littérature belges d’expression française, souvent écrasées par le mastodonte parisien.

Plurielle et multiculturelle, la littérature belge francophone, ce sont d’abord des auteurs venus du Nord du pays, surtout pendant la première partie du XIXe siècle :  Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Max Elskamp, Georges Rodenbach… pour ne citer que quelques-uns. Depuis les années 1980, la littérature belge francophone s’est ouverte à la diversité. Personne n’a oublié le fabuleux roman de Santocono  « Rue des Italiens » Prix Charles Plisnier 1987. Aujourd’hui, des auteurs aux origines africaines, arabes ou encore asiatiques sont venus nourrir le patrimoine littéraire belge.

Cette année, pendant un mois (du 1er au 30 novembre) la campagne « Lisez-vous le belge ? » a mis à l’honneur le livre belge francophone à travers une série de contenus et d’événements, en Wallonie, à Bruxelles, mais aussi en ligne. Les initiatives se sont déroulées dans des librairies, des bibliothèques, des écoles et d’autres lieux culturels.

À l’initiative du PILEn, plusieurs auteures de la diversité ont pu défendre leurs ouvrages un peu partout en Wallonie. 65 librairies partenaires, 152 événements labellisés en bibliothèque, en librairie ou dans des lieux culturels.

DiverCite.be a décidé de présenter quelques auteures qui ont participé à l’un ou l’autre des évènements. Trois questions, toujours les mêmes, pour mieux les connaître et donner l’envie de les découvrir.

Dans les prochains jours nous publierons les réponses de Lisette Lombé (belgo congolaise), Tuyêt-Nga-Nguyen ( belgo vietnamienne) et Sarah Mansuri ( belgo iranienne).

Pour le premier portrait de notre série, nous avons choisi Iocasta Huppen 

 

Qui je suis…

Je suis née en 1971. D’origine roumaine, je vis à Bruxelles. Je suis haïjin (auteure de haïkus) et poète. J’ai publié six recueils de haïkus, un livre qui regroupe des astuces et des conseils d’écriture, trois recueils qui mixent les genres littéraires et un livre de poèmes (acrostiches) intitulé Viens, je t’emmène ! paru aux éditions Partis Pour en mai 2023. Je compte également des participations à diverses anthologies ainsi qu’à des revues et quelques prix. Je suis aussi chroniqueuse littéraire (podcast Aimez-vous les haïkus ? sur Spotify), animatrice d’ateliers d’écriture et initiatrice du Kukaï de Bruxelles qui est un cénacle littéraire (haïku).

Mon écriture…

En 2013, je découvre les haïkus grâce à une amie japonaise qui vivait à Bruxelles et qui m’en avait brièvement parlé. Le jour de notre rencontre, j’ai cherché sur internet les règles de rédaction des haïkus et je me suis lancée. Le haïku m’a offert l’occasion rêvée d’exprimer ce que j’ai toujours aimé, à savoir l’essence des choses. Il faut savoir que ce petit poème a le grand pouvoir d’activer l’imagination du lecteur, car il contient un langage universel basé sur un regard attentif autour de soi. Le haïku m’a ouvert la voie vers la poésie au sens large (avec ou sans rime). Tout ce que je ne peux pas exprimer par le biais de la brièveté, je le fais à travers les poèmes. Et ce fut une double révélation, car la poésie a toujours fait partie de moi ; adolescente, en Roumanie communiste, j’écrivais déjà de la poésie rimée. Mais il a fallu que je fasse tout un détour pour qu’au bout de toutes ces années, je revienne vers ce qui était déjà là. En termes d’écriture de la poésie au sens large, je passe d’un état à l’autre, d’un langage poétique à l’autre ; tout dépend de la thématique que j’ai envie d’aborder. Il y a ainsi la poésie sans rime (j’explore toute thématique, y compris les thématiques sociales), la poésie avec rime (principalement le pantoum, un genre dérivé de la poésie malaise, avec lequel j’évoque les sentiments amoureux), les acrostiches qui m’aident à explorer, entre autres avec humour ou ironie, ce qui me tient à cœur ou m’incitent à me laisse aller à un certain surréalisme. Et pour finir, les phrases poétiques qui, comme le haïku, sont aussi un concentré des choses à exprimer. Donc, vous avez là un aperçu de la palette poétique qui est la mienne.

Ma place dans le monde et ce que mon œuvre peut changer…

Étant d’origine roumaine et en écrivant en français, j’essaie de représenter au mieux ces deux sensibilités. Chaque poète a le devoir de se prononcer sur des sujets de société. En tout cas, je l’ai toujours fait, à commencer par les attentats de 2015 à Paris. L’écriture sur ce sujet grave m’avait permis à l’époque d’exorciser ma révolte mêlée d’une certaine anxiété, sans oublier mon obligation d’expliquer à mes enfants ce qui se passait. Dernièrement, j’ai envoyé ma candidature pour la campagne de sélection pour le Poète Public bruxellois. Là aussi, j’ai pu partager des poèmes écrits sur quelques thématiques, dont les réfugiés, la guerre, etc. Je disais dans mon dossier de candidature qu’un poète ou une poétesse est quelqu’un qui sait choisir les mots justes et les énonce avec conviction afin d’évoquer, entre autres, son environnement social, dans le but d’éveiller les consciences.

D’ailleurs, c’est un peu ce que j’ai voulu faire, par petites touches, dans mon recueil de cette année 2023, publié au mois de mai par les éditions belges Partis Pour et intitulé Viens, je t’emmène ! C’est un recueil qui contient des acrostiches et certains véhiculent des messages clairs sur l’environnement, la biodiversité, la paix, les droits des femmes et la liberté de genre. Mon éditrice, Laurence Vanderhaeghen, écrivait ceci sur la quatrième de couverture : « Ce recueil nous emmène pour un voyage autour du monde fait d’images exotiques ou ordinaires, philosophiques ou mythologiques, de références historiques ou littéraires. Au-delà de ce voyage, il s’agit de penser le monde. »

Je rappelle que les acrostiches sont des poèmes dont la première lettre de chaque ligne forme un mot-clé qui peut être lu à la verticale. Dans ce recueil, j’ai choisi des mots-clés selon les lettres de l’alphabet, qui constituent les chapitres. Pour chacun d’entre eux, j’ai repris également une ville de par le monde en lien avec quelques-uns des mots-clés présents. C’est aussi un recueil brillamment illustré par Justine Gury. Pour chaque lettre de l’alphabet, Justine a tenu compte de deux, trois voire quatre acrostiches. Un travail colossal pour nous deux dont je suis très fière.

Pour vous donner un léger aperçu, j’ai ouvert le livre et le hasard a décidé de mettre en avant la lettre « O ». Voici deux des trois acrostiches repris sur cette page :

 

Oiseau :

O
ublié, j’ai oublié de voler 
Il y a si longtemps déjà. 
Si bleu était le ciel 
Et les arbres si accueillants. 
Aujourd’hui, 
Un exaltant écho…  
 
Octogone :
 

Orientée plein sud, une

Chambre avec vue sur l’océan.

Toute la misère du monde

Oh, loin, si loin elle est !

Gourou je le deviens.

Oublié est le stress,

Namasté, Namasté…

Endimanchée est mon âme.

 

 

 

 

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