Marseille, son vieux port, son pastis, sa pétanque… Sa diversité !

Marseille : son vieux port, son pastis, sa pétanque, sa basilique, ses icones : Zidane, Fernandel, Béjart… son histoire, ses histoires : de la French Connexion à celles qui ont touché son Olympique, ses élus, ses hommes d’affaire ou son « milieu ».

Mais Marseille, c’est aussi sa population. Multiculturelle, multiconfessionnelle, multiple comme aucune autre ville française et sans doute européenne. Marseille, porte d’entrée par excellence de toutes les vagues migratoires en provenance d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine. Marseille si emblématique de la France que son hymne porte son nom: la fameuse marseillaise aimée par certains, abhorrée par d’autres.

Marseille, qui est-elle ?

C’est la mer Méditerranée qui  fait d’elle, depuis plus de deux milles ans, une ville d’un cosmopolitisme singulier. Ses échanges avec les pays du Sud de l’Europe, du Proche-Orient ou de l’Afrique ont façonné son âme.

A la fin du XIXe siècle, la moitié de ses habitants n’était pas d’origine marseillaise. Les Italiens (Génois ou Piémontais) formaient une grande communauté rejointe de près par les Grecs. Puis, au XXe siècle,  Russes émigrés échappant aux bolcheviks en octobre 1917, Arméniens fuyant le génocide en 1915 et 1923, Espagnols touchés par la guerre et la famine après 1936, Maghrébins depuis l’Entre-deux-guerres, Africains après la Seconde Guerre mondiale et bien sûr, Pieds-noirs après 1962.

Marseille (Bouches-du-Rhône). La rue du Refuge, quartier du Panier, avril 1978. RV-920235 (Photo by © Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet via AFP)

Mais Marseille, c’est aussi les quartiers populaires du centre-ville : Noailles, Belsunce, le Panier… Ces quartiers ont reçu beaucoup de ces nouveaux entrants qui transitent ou qui s’installent. Italiens, Corses, Algériens, Marocains, Tunisiens, Libanais, Espagnols, Grecs, Portugais… Belsunce, par exemple, près de la cannebière, a toujours été un point d’entrée et de passage des minorités venues de l’étranger mais c’est surtout dans les années 1970 que le quartier-village devient essentiellement maghrébin. Lieu de réseau et d’échange, quand le mal du pays devient trop fort pour la première vague d’immigration. En l’espace de trois générations, la population s’est transformée de manière radicale. Le changement a été certes numérique mais aussi social et culturel.

Emile Temime, historien marseillais, juif et kabyle aujourd’hui disparu, évoquait dans ses écrits un « changement dans l’occupation de l’espace, dans l’aspect de la cité ou dans le fonctionnement des réseaux ». Une appropriation de la ville sans outrage mais avec douceur et naturelle. Si les immigrés qui sont arrivés vers l’Europe du Nord, après la  Seconde Guerre mondiale, ont connu un besoin profond de discrétion voire, d’invisibilité, ceux qui s’installèrent dans le Sud, et à Marseille en particulier, se sont montrés moins timorés, plus désireux d’un ancrage européen quitte à revoir la copie si le désir du retour devient trop pressant. La raison ? La dynamique de la ville, la mer comme un appel incessant au mouvement, le va-et-vient migratoire plus intense, moins organisé que vers le Nord. Marseille se vit au dehors pendant que Charleroi, Maubeuge ou la région de Ruhr en Allemagne se vivent à l’intérieur, mines de charbonnage et climat froid oblige. Marseille n’impose rien à ses immigrés mais se rend disponible. Est-ce là que réside son secret ? Ne rien quémander pour se faire aimer ? Chaque marseillais, qu’il le soit depuis les premiers grecs arrivés de Phocée 600 ans avant J.C ( d’où son surnom de cité phocéenne) ou depuis quelques mois, revendique son appartenance, son lien binaire voire exclusif avec la ville.

Mais Marseille ce fut aussi ses bidonvilles

Crise du logement dans les années 1960 et 1970 et croissance urbaine importante, les 30 glorieuses à Marseille c’est l’expansion des bidonvilles, essentiellement dans les quartiers nord de la ville. Les taudis sont alors habités par des maghrébins, des gitans et des pieds noirs. Les enfants y jouent, crient et chantent alors que poules, coqs et rats participent à la ritournelle. Les familles sont nombreuses, entassées dans les baraquements sans eau, ni électricité. Les latrines ? La nature où on essaie, tant bien que mal, de se soustraire aux regards des voisins de la misère.

Dans les images d’archives, un père témoigne : « je travaille, j’ai les moyens de payer un loyer dans un HLM mais pas de place, on me dit toujours : il faut attendre, encore attendre… ». L’habitation à loyer modéré, pour ces familles désœuvrées, c’est le graal inespéré. Un appartement où cuisine et salon seront distincts, où les chambres auront une fenêtre, où l’eau chaude coulera dans la salle de bain, où les toilettes seront un lieu privé…

Marseille et ses mythes

Marseille, la deuxième ville de France, cache aussi une réalité douloureuse : le racisme et les discriminations. Economiquement sinistrée, elle se prend à rêver de cette période faste qui avait fait sa gloire et sa fortune pendant l’époque coloniale où les bateaux chargés de marchandises en provenance du monde entier jetaient l’ancre sur ses rives. Enlisée dans des inégalités permanentes, rongée par le trafic de drogues, les règlements de compte et les mafias locales, elle est aussi l’une des villes les plus pauvres de France. La belle cité, c’est aussi 44% des moins de 18 ans qui vivent sous le seuil de pauvreté. C’est un  chômage qui dépasse les 13% et qui touche 30,5% des moins de 25 ans et dans certains quartiers, il  atteint le chiffre de 49,9%.

 Marseille à multiple visages

Les riches et fortunés n’y vivent pas, ils se contentent d’y travailler. Les autres, les plus précarisés,  se concentrent dans 4 arrondissements où 70 % des logements sociaux leurs sont dédiés. La ville qui brasse les cultures, brasse aussi les us, il faut avoir les bons pistons, les bonnes relations, les bonnes adresses. Les jeunes quittent l’école très tôt. Près de 1 jeune sur 4 est sans diplôme ni formation et reste souvent la proie facile des trafiquants de drogue.

Le Front National baigne dans ses eaux avec allégresse et c’est Stéphane Ravier qui en est la figure de proue. Un nanti de la bourgeoise marseillaise ? Non, le fils d’un  ouvrier électricien et d’une mère au foyer d’origine italienne. Il grandit dans les quartiers Nord et son grand-père était… communiste.

Nassurdine Haidari, ancien imam, marseillais et diplômé de l’Institut d’Etudes Politique d’Aix en Provence écrira dans le Huffington Post :  « Le racisme n’existe pas à Marseille, la discrimination ne se prononce pas à Marseille, elle est de facto balayé par le mythe, par cet orgueil déplacé qui considère que l’unité de la ville est au-dessus de tout. »

 

 

 

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