Le report de la visite du Premier ministre français Jean Castex en Algérie, reflet des relations contrariées entre Paris et Alger

Le déplacement à Alger de Jean Castex , premier ministre français,  prévu dimanche 13 avril à l’occasion d’un comité intergouvernemental franco-algérien, a été reporté à la demande de la partie algérienne. Officiellement en raison de la pandémie, mais les journalistes algériens sont beaucoup plus sceptiques sur les raisons invoquées et avancent plutôt des tensions diplomatiques.

Selon les médias algériens, les hôtes de la délégation française auraient très mal pris le fait que le nombre des responsables prévus en visite officielle se serait réduit au fur et à mesure de l’approche de la date de la rencontre . Même si la pandémie est évoquée pour justifier cette annulation, du point de vue de la presse française autant qu’algérienne les raisons sont aussi ailleurs.

Officiellement, Emmanuel Macron soutient le président algérien Abdelmadjid Tebboune face à la contestation portée par le mouvement du Hirak qui ébranle le pays depuis des mois mais le scepticisme français face aux politiques gouvernementales est un secret de polichinelle. Lors du dernier comité intergouvernemental franco-algérien à Paris en 2017, la délégation algérienne était composée de huit ministres et l’Algérie n’en espère pas moins pour la rencontre qu’elle organise à Alger.

Autre raison inavouée: le Sahara occidental. La République en Marche (LREM), le parti d’Emmanuel Macron, a annoncé la semaine dernière la création d’un comité de soutien à la ville de Dakhla qui est un territoire disputé entre le Front Polisario (soutenu par l’Algérie) et le Maroc et administré par celui-ci  depuis son évacuation par la Mauritanie en 1979.  Alger voit rouge. Selon le journal algérien El Watan, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a réaffirmé  à son homologue marocain, Nasser Bourita, « le soutien de la France au plan d’autonomie marocain comme une base sérieuse et crédible ». 

Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève, reconnait  qu’un « courant anti-algérien a voulu faire capoter la visite« . Pour lui « le contexte sanitaire » ; raison invoquée par la France ou la taille de la délégation ; raison invoquée par l’Algérie ne tiennent pas la route.

L’éternelle question du Sahara occidental 

La décision de LREM d’ouvrir un bureau à Dakhla sous tutelle  marocaine est perçue comme « une provocation » de la France, insiste Hasni Abidi. Selon lui :  « il y a un courant anti-algérien  au sein du parti présidentiel qui  fait le nécessaire pour nourrir les tensions entre les deux pays. » Toujours selon l’observateur algérien : « Des lobbys travaillent contre une entente cordiale entre l’Algérie et la France ». Mohamed Antar Daoud, ambassadeur d’Algérie en France, cité par le quotidien El Watan,  affirme pour sa part que l’extrême droite partisane de l’ex-Algérie française ne serait pas en reste dans l’alimentation de la discorde.

Autre source fiable : Le Quotidien d’Oran, journal francophone oranais, qui pointe aussi la volonté de Paris de faire accompagner le premier ministre français par un nombre important de journalistes et cela essentiellement pour  couvrir le Hirak, le mouvement populaire qui exige un changement de régime depuis deux ans. L’Algérie cadenasse la couverture médiatique du pays par la presse étrangère en imposant des lourdeurs administratives incommensurables. Toujours selon le Quotidien d’Oran, « le militaire prend le pas sur le politique » dans les relations franco-algériennes. Paris ne pouvant se passer de l’aide des Algériens pour gérer la crise régionale au Sahel .

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