Pourquoi il faut aller voir le film « Animals » de Nabil Ben Yadir

Au cinéma le Palace fut projeté ce 22 avril le dernier film de Nabil Ben Yadir « Animals ». Après « les Barons » ou encore « La Marche », son dernier long métrage retrace les dernières heures de Ihsane Jarfi, ce jeune liégeois mort en 2012, torturé par quatre hommes, parce qu’homosexuel.  

Devant un parterre de jeunes étudiants de la Haute Ecole Francisco Ferrer à Bruxelles, en présence du père de la victime, Hassan Jarfi et du réalisateur, on prévient d’office de la violence des images et de la volonté de conscientisation qui en est la raison. Et de fait, très vite, après les 15 premières minutes et au moment où le personnage, Brahim (Ihsane), est enlevé débutent les scènes à peine soutenables.

Le réalisateur fait le choix de montrer, caméra à l’épaule, les sévices endurés des heures durant. Pendant qu’insultes, coups, supplices sont projetés au public, des étudiants et des enseignants quittent la salle en larmes ou totalement bouleversés. Le réalisme est là. La volonté d’ébranlement aussi. Ce film, et le réalisateur l’assume, a pour vocation de bousculer le spectateur, de le replacer pendant cette soirée où Ihsane, par un concours de circonstances tout à fait malheureux, s’est retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, avec des hommes dont la pulsion, ce soir du 22 avril 2012, était de tuer.

Cette proximité voulue par Nabil Ben Yadir sert incontestablement le propos. Brahim/Ihsane n’est pas seul. Nous sommes avec lui et le moment où, jeté dans le coffre, le silence et l’effroi s’invitent pendant un temps infini, le spectateur le vit aussi. Quelques instants plus tôt, le jeune homme passe une mauvaise soirée, il cherche son compagnon qu’il ne parvient pas à joindre et se rend à un bar où ce dernier a l’habitude de se rendre, mais il ne s’y trouve pas. En sortant, Brahim aperçoit une jeune femme qui se fait malmener par des hommes dans une voiture et il l’exhorte à regagner la boite pour sa sécurité. C’est alors que les quatre individus « l’invitent » dans leur voiture et il accepte sans se douter un instant que c’est la mort qui l’attend au bout de la nuit.

Une violence inouïe.

Ce sera un véritable acharnement sur le corps frêle du jeune homme. Une violence ahurissante qui  laissera Ihsane entre la vie et la mort, 17 fractures et des lacérations sur tout le corps. L’agonie durera des heures avant que la mort ne l’emporte.

« Je veux montrer la violence dans toute sa brutalité »

Nabil Ben Yadir a choisi la sobriété. Le visage du personnage sera central et accompagne le spectateur la plus grande partie du film. Brahim, et on peut en féliciter l’acteur Soufiane Chilah, rend avec précision toute la douleur et la difficulté « d’être » musulman et homosexuel. Si une qualité est à relever au-delà des autres, c’est l’ultime justesse atteinte et qui se cristallise en chacun des personnages.

La vulnérabilité de Brahim, son questionnement profond quant à sa condition d’homme gay issu de la communauté maghrébine, la cruauté des autres, leurs soifs de violence incommensurable, leur absence totale de mesure des actes posés, l’acharnement au-delà de l’entendement sur le corps d’un être humain, frère de leur condition humaine, est rendu avec émotion et réalisme.

« Nous ne sommes pas des animals» dira l’un des meurtriers lors du procès. On peut croire qu’ils ne le sont pas, mais quel nom, quel vocable, quel genre de la création incarnent-ils alors ?

Animals jusqu’au 26 avril. Toutes les infos ici

N'hésitez pas à partager !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.