Rencontre avec Djemila Benhabib : porte parole du Collectif Laïcité Yallah, elle nous détaille le programme du colloque organisé le 20 mai prochain à l’ULB par le Collectif

Créé le 12 novembre 2019 à l’initiative du Centre d’Action Laïque, le Collectif Laïcité Yallah a pour objectifs de partager la vision de citoyens laïques, croyants et non croyants, ayant un héritage musulman, proposer des mesures pour combattre le communautarisme ethnique et religieux, lancer un large appel à la mobilisation à l’échelle européenne et exprimer la solidarité à l’endroit des personnes qui se battent courageusement dans le monde contre les mouvements et les régimes autoritaires ou absolutistes faisant de l’islam une religion d’État.

Ce vendredi 20 mai, le Collectif organise un colloque européen de 9h30 à 18h30 à l’Université Libre de Bruxelles. divercite.be a rencontré Djemila Benhabib, porte parole du collectif Laicité Yallah, elle nous détaille le programme de la journée.

divercite.be : Comment est née l’idée de cette journée ?

Djemila Benhabib: Autour d’un débat sur la neutralité, débat présent dans l’actualité et de manière régulière. On entend beaucoup parler de cette question et nous avons d’ailleurs nous-mêmes été invités aux auditions au Parlement. Nous avons alors réalisé qu’il y a beaucoup de confusions, et beaucoup de  malentendus.

Quelles ont été alors vos conclusions ?

Djemila Benhabib : Qu’il faut actualiser toute cette vulgate qui est née autour de la neutralité ! Il y a autant une bataille de terrain, qu’une bataille des idées et de concept. Et puis, ce n’est pas très clair pour les gens. La neutralité, c’est abstrait, même si pour nous c’est concret. Quand on évoque la liberté de conscience, pour nous, c’est aussi bête que de prendre un verre d’eau pendant le ramadan alors que nous avons dans le Collectif deux chauffeurs de la STIB qui ne peuvent pas prendre une gorgée d’eau parce qu’ils sont surveillés par certains de leurs collègues.

Un Collectif composé donc de profils différents ?

Djemila Benhabib: Exactement, ce n’est pas un club d’intellos, c’est vraiment des gens qui ont des vies diverses, variées et qui rencontrent des difficultés qu’ils veulent surmonter. C’est donc là qu’il nous ait apparu intéressant de pouvoir réunir ces gens qui travaillent sur la question de la neutralité en venant  d’horizons différents avec des postures philosophiques et intellectuelles différentes.

Parlez-nous des intervenants que vous avez choisis pour cette journée de colloque ?

Djemila Benhabib: Dans le premier panel, nous avons fait le pari de réunir Patrick Charlier de UNIA avec Marc Uyttendaele  qui est connu pour ses positions plutôt affirmatives vis-à-vis de la laïcité. Nous faisons donc le pari de l’intelligence des échanges et de la confrontation des idées. Il faut que chacun puisse s’exprimer dans le respect. Nous aurons également Jean-Philippe Schreiber qui expliquera l’histoire de la neutralité et de la laïcité. Il nous a semblé également utile d’associer des personnalités européennes comme Michèle Vianès qui est présidente de Regards de Femmes et qui milite en faveur des droits des femmes depuis très longtemps déjà, mais aussi une militante laïque bien connue en France. Nous aurons également Naila Chikhi, militante pour la neutralité en Allemagne et qui travaille dans le giron de l’immigration et de l’intégration des réfugiés en Allemagne. Elle vient de faire une étude sur « l’intrusion du religieux dans le monde éducatif ».

Votre deuxième table ronde sera consacrée aux Frères musulmans et là revendication du voile islamique au sein du service public.

Djemila Benhabib: Oui, parce qu’on sait que finalement tout tourne autour du voile islamique. Il ne  faut pas sous-estimer cette question, mais il ne faut pas là surexploiter non plus. Il faut être en mesure d’en parler et pour cela nous donnerons la parole à Amélie Myriam Chelly qui est iranologue et sociologue spécialiste des Frères musulmans, elle évoquera l’historique et la stratégie de cette confrérie.  Elle sera accompagnée par Marie-Cécile Royen qui a beaucoup enquêté sur eux. À la table aussi  Mohamed Sifaoui, journaliste, Radouane Attiya, directeur de l’Institut de Promotion des Formations sur l’Islam et Saida Keller-Messahli fondatrice du Forum pour un islam progressiste.

Une troisième table ronde ?

Djemila Benhabib: Elle sera consacrée à l’éducation, au prosélytisme religieux et à l’antisémitisme avec Joël Kotek qui vient faire son étude sur l’antisémitisme dans les écoles qui touchent particulièrement les enfants de familles musulmanes. Il ne faut pas avoir peur de s’attaquer à cette question. Rebecca schönebach qui est aussi Allemande et qui travaille sur ces questions là, mais en Allemagne. Nous compterons aussi sur la présence de Karan Mersh qui est prof de philo en France, Kaoukab Omani qui fait partie de notre Collectif et qui est aussi enseignante à Bruxelles. Et enfin Nadia Geerts qui a quitté l’enseignement et qui nous parlera de son expérience. Je voudrais aussi évoquer la présence de Hassan Jarfi et Sam Touzani membres fondateurs de notre Collectif.

Toutes les infos sur la journée de colloque ici 

 

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