Vincent Engel : « Défendre les académiques en danger, de la Hongrie à la Palestine en passant par l’Iran »

DiverCite.be a rencontré Vincent Engel. Professeur de littérature francophone à l’UCL, c’est aussi un essayiste éclairé, un romancier prolixe, un dramaturge de talent et un chroniqueur affuté, profondément attentif aux soubresauts de nos sociétés.

La semaine dernière, nous consacrions un article aux lauréats du Prix Academic Honoris Causa décerné par Carta Academica dont Vincent Engel est l’un des fondateurs. Pour cette deuxième édition, les choix s’étaient portés sur sept universitaires en danger à travers le monde : David Graeber (à titre posthume), Vandana Shiva, Academics for Peace, Imad Barghouthi, Ahmadreza Djalali, Jan Grabowski et Anikó Gregor.

Divercite.be : Parlez nous de Carta Academica ?

Vincent Engel : C’est un projet auquel je pensais depuis déjà très longtemps. Cela fait plusieurs années que je m’implique dans le débat public. Si je suis devenu professeur à l’université, c’est aussi pour avoir un statut qui permette d’être écouté. C’est une position qu’on acquière mais qui vous donne aussi une responsabilité. Ce n’est pas parce qu’on a plus facilement accès aux médias ou que l’on vous écoute avec plus d’attention que l’on peut dire n’importe quoi. On doit être encore plus attentif à ce que l’on dit. Mais pour moi, c’est peut-être la raison principale du choix de devenir un académique. Je me suis aussi retrouvé dans un univers qui ne partageait pas spécialement cette vision.  Pour ma part, j’avais mes chroniques dans Le Soir et par la suite, j’ai commencé à rencontrer des collègues qui étaient un peu comme moi, isolés.

A quel moment ?

Il y a un peu moins de 10 ans. Nous n’étions que quelques-uns : Olivier Servais de Louvain, Yves Moreau de la KUL, Michelle Kevers  de Louvain également. On voulait faire quelque chose et on a commencé par écrire une charte, on peut la trouver sur le site. On l’a ensuite envoyée à des signataires et le groupe s’est étoffé. Petit à petit, on est parvenu à près de 400 signataires aussi bien néerlandophones que francophones. Nous avons aussi un comité, disons plutôt une structure qui se voit plus souvent et qui organise des activités.

Quelle est la première activité qui fut organisée par Carta Academica ?

Une journée sur la migration, c’était en mai 2019, au théâtre des Tanneurs.  Des tables rondes avec des responsables politiques. Tous les partis belges étaient représentés, néerlandophones comme  francophones.

S’en suit le Prix Academic honoris Causa, pourquoi ce nom ?

Parce que Docteur Honoris Causa est un titre légal décerné uniquement par les universités et donc on s’est dit qu’un Prix Academic honoris Causa tout le monde comprendra. C’est un peu un Docteur honoris causa sans le côté institutionnel. Le premier organisé c’était en janvier 2020. Au Palais des académies. Puis, pendant la pandémie, nous avons fait plusieurs dossiers comme les 623 propositions pour  la sortie du Covid. Depuis deux ans maintenant, nous avons aussi une chronique toutes les semaines dans Le Soir, reprise sur un blog Médiapart.

Comment s’est organisée cette seconde édition du Prix ?

Nous avons pensé à une cérémonie mais c’est une lourde organisation. J’ai alors eu l’idée d’y associer un média. La RTBF n’a pas répondu à notre demande, LN24 s’est montrée intéressée tout de suite. C’était génial, cela me déchargeait de toute l’organisation. Ils ont fait des capsules vidéos pour présenter les sujets, la cérémonie a été vue par plus de monde que si nous avions rempli une salle.

Comment avez-vous choisi les lauréats ?

On s’est recentré sur des académiques. David Graeber et  Vandana Shiva ont élargi le champ d’actions au-delà de l’académique. David Graeber c’est, entre autre, « Occupy Wall Street » et Vandana Shiva est très impliquée dans l’agriculture en Inde. D’ailleurs, elle est plus souvent dans les champs qu’à l’université. Puis, les cinq autres qui eux sont en danger dans leur pays. Pour ce choix d’universitaires en danger, malheureusement, nous n’avons que l’embarras du choix. Nous avons donc choisi cette année le palestinien Imad Barghouti qui est en résidence surveillée, Ahmadreza Djalali qui est condamné à mort en Iran, Academics for peace en Turquie, Jan Grabowski, en Pologne et Anikó Gregor en Hongrie. Cette dernière représente celles et ceux qui essaient de faire des études de genre dans un pays fasciste, parce qu’il faut appeler les choses par leur nom.

Anikó Gregor se sait-elle lauréate de ce Prix ? Une réaction de sa part ?

Non, aucune à ce jour. Peut-être sommes nous sur écoute. Cela fait longtemps que je m’attaque à la Hongrie. A chaque fois que je faisais une chronique sur la Hongrie dans Le Soir, j’avais une lettre de l’ambassadeur hongrois qui me disait que je n’avais pas le droit de dire cela.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir, d’autres projets pour Carta Academica ?

Oui, mais des projets que nous devons encore discuter entre nous. Des académiques en danger, il y en a et il y en aura encore longtemps.

Propos recueillis par Malika Madi

 

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