Il se murmure que la supernota de l’ex-formateur du gouvernement fédéral belge, le nationaliste flamand Bart de Wever, comprend une mesure qui consiste à imposer la procédure de naturalisation d’une taxe de 2500€. Compte-tenu de la masse des mesures de régression sociale qu’envisage cette possible coalition Arizona, cette mesure a été à peine commentée. Et pourtant, elle mérite qu’on s’y attarde un instant.
Les partis de droite belges, tant francophones que néerlandophones, plaident en effet depuis des lustres leur conviction que la naturalisation est la voie royale pour l’intégration. Quelle ironie donc pour ce possible futur gouvernement de droite de faire l’exact opposé ! Ils parlent d’intégration à tout va, en vantant les mérites de la naturalisation comme un rite de passage essentiel pour ceux qui souhaitent rejoindre la « grande famille ». Mais que font-ils en réalité? Ils rendent cette même naturalisation un parcours inabordable, qui ne sera désormais plus ouvert qu’aux plus riches.
D’un côté, ils brandissent la naturalisation comme un gage de loyauté envers le pays, une preuve de volonté d’intégration. Mais de l’autre, ils multiplient les obstacles: prix prohibitif, exigences linguistiques démesurées, etc. Ils ne trompent en réalité personne. Ils cherchent à décourager plutôt qu’à intégrer tout en cherchant à s’attirer au passage les faveurs des segments xénophobes de l’électorat.
Sous couvert de préserver l’identité belge ou flamande – c’est selon -, ils érigent un mur qui finira par réserver le précieux sésame de la nationalité belge à une élite triée sur le volet. Une hypocrisie totale, masquant mal une volonté de fermer les portes. L’ironie est mordante, mais elle n’échappe à personne: la naturalisation, dans leur vision, n’est pas une ouverture, mais une barrière supplémentaire, une nouvelle forme d’exclusion déguisée en rite d’intégration hors de prix.
(1) composée du parti nationaliste flamand NVA, des libéraux francophones du MR, des socialistes flamands de Vooruit et des anciens partis chrétiens-démocrates des deux communautés linguistiques, CD&V et Les Engagés.