« La diversité à la Défense : une réalité » par le lieutenant général e.r. Guy BUCHSENSCHMIDT (3/3)

C’est en 2003 que l’idée d’une politique de la diversité à la Défense a été lancée. Voyons tout d’abord un bref extrait de ladite politique :

« Qu’entend la Défense par la diversité ?

Le concept de diversité recouvre tous les aspects par lesquels les personnes peuvent différer les unes des autres. Il peut s’agir tant de caractéristiques visibles telles que par exemple le sexe, l’âge, l’origine ethnique que de caractéristiques moins observables telles que par exemple les convictions philosophiques ou religieuses, l’identité culturelle ou l’orientation sexuelle.

La diversité englobe également d’autres différences telles que les différences de nature physique (les capacités mentales et physiques) ou encore l’origine socio-économique, la position sociale, le niveau d’études, les perspectives d’avenir, les opinions politiques, etc. Des formes de diversité spécifiques à la Défense existent également : couleur de l’uniforme, personnel civil ou militaire, expérience opérationnelle ou non, catégories de personnel, etc.

Au vu des éléments précités (et la liste n’est pas exhaustive!), il est évident que nonobstant les similitudes entre les individus, chaque personne représente un tout unique qui se construit progressivement à partir d’expériences de vie qui vont contribuer à son identité propre. Contrairement à une idée très répandue, la diversité concerne donc chacun d’entre nous et pas uniquement les membres de minorités. »

Depuis des années, les questions de diversité à la Défense font partie intégrante de la formation continuée des cadres en matière de « leadership », comme en témoigne l’article « Coup de projecteur sur le “Leading by example” – la vision du Leadership de la Défense » (Général de brigade e.r. Philip VAN IMPE).

Extrait : « […] En créant un climat de confiance mutuelle, de valorisation et d’écoute, les leaders renforcent la cohésion du groupe. Ils établissent des règles de conduite claires au sein du groupe, permettant de combattre toute forme de discrimination. De cette manière, on accorde une attention suffisante au bien-être psychosocial […]».

Parlons de racisme… En près de 42 ans de carrière au sein des forces armées belges, j’ai commandé au total près de 5000 militaires et civils, hommes et femmes, Belges et non-Belges, à différents niveaux, de l’échelon peloton jusqu’à l’échelon du corps d’armée. J’ai beau fouiller ma mémoire, jamais je n’ai capté une quelconque information faisant état d’actes de racisme. A une exception près : lorsque j’exerçais le commandement d’un régiment de chars de combat, il m’est revenu qu’un militaire d’origine étrangère s’était plaint de propos racistes. J’ai eu avec l’intéressé un long entretien, entre quatre yeux. Puis j’ai entendu ses différents chefs hiérarchiques. De tout ceci, il est ressorti que le plaignant tentait par tous les moyens de se rapprocher de son domicile (le syndrome « une caserne dans mon jardin ») et qu’il était prêt à tout mettre en œuvre, y compris des assertions de racisme, pour obtenir une mutation…

En matière de sexisme, les choses sont plus complexes. A plusieurs reprises, j’ai été mis au courant de comportements inadéquats. Plutôt que de fermer les yeux, j’ai chaque fois pris le taureau par les cornes afin qu’il soit immédiatement mis fin à de tels actes et que les auteurs éventuels fassent l’objet d’une mesure disciplinaire. Depuis, la Défense a mis en chantier un train de mesures permettant de sensibiliser le personnel, de prévenir les comportements douteux et d’accroître le pourcentage de femmes à l’armée. TOUTES les fonctions sans exception ont été ouvertes au personnel féminin (dont des postes traditionnellement masculins : pilote de F-16 ou fusilier d’assaut par exemple). Il en va de même pour les grades, encore que dans ce domaine, les femmes sont pénalisées par les contraintes de la maternité…

En matière de « genre », la Défense est résolument engagée dans les différents groupes de travail sous la tutelle du « NATO committee on gender perspectives ». En 2019, ce comité était d’ailleurs présidé par un officier belge, le lieutenant colonel (à présent colonnel) Katrien D’Hert. Citons-la brièvement :

« […] the integration of principles from UNSCR 1325 and Gender Perspective into our day to day business in the political, civilian and military environments “must be a common approach, it is a ‘need to have’, it never was and never will be a ‘nice to have’. “We must delve deeper into the professionalisation of the gender advisor and strengthen integrating gender perspective into professional military education […] »

En matière de LGBT, l’ASBL « BELDEFRAC » (Belgian Defence Rainbow Community) a été créée.

Ses objectifs : former une communauté LGBT, améliorer la visibilité du personnel LGBT au sein de l’organisation et faciliter la communication sur la thématique SOGIE (Sexual Orientation, Gender Identity & Expression). L’ASBL veut être aussi bien un partenaire pour l’organisation que pour son personnel. Elle souhaite contribuer à la mise en forme et à l’exécution de la politique de diversité de la Défense.

On est loin des années cinquante…

Il faut savoir, enfin, que la chaîne de commandement est conseillée et appuyée par de nombreux partenaires :

  • Les adjudants de corps et caporaux de corps ;
  • Les aumôniers des différents cultes ;
  • Les conseillers en opérationnalité mentale ;
  • Les personnes de confiance ;
  • Les assistant(e)s sociaux / sociales ;
  • La chaîne médicale et les psychologues ;
  • Les services de médiation ;
  • Les syndicats (eh oui…) ;

Ces conseillers sont autant d’organes susceptibles de tirer la sonnette d’alarme dans le cas de comportements déviants. Le cas des syndicats peut étonner mais à plusieurs reprises dans ma carrière, du personnel syndical m’a aidé à déminer, en amont et en toute discrétion, des situations qui menaçaient de dégénérer.

Bref, la diversité fait partie intégrante de la culture d’entreprise et des valeurs de la Défense. Même si rien n’est parfait en ce bas monde, je pense que l’on peut dire sans rougir que tout a été mis en œuvre pour qu’elle soit une réalité dans la pratique quotidienne de la vie militaire.

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