Début du Ramadan: la valse hésitation des Présidents et porte-parole des partis politiques en Belgique francophone

Dans un Etat neutre ou laïc, quelle doit être l’attitude d’un responsable politique face à un événement religieux comme la Noël, le Ramadan ou la Pessa’h juive ? En première approche, une lecture simple et classique de la laïcité devrait consister à renvoyer toute croyance religieuse particulière à la sphère privée et donc à éviter toute expression publique de congratulation. Cette position a l’avantage de reposer sur la clarté d’une longue tradition.

D’autres signalent en revanche que la religion n’est jamais totalement absente des enjeux de construction d’un espace public multiconfessionnel apaisé. Les multiculturalistes, par exemple, considèrent que des identités minoritaires malmenées, pour des raisons liées à la colonisation ou à la minorisation religieuse dans la vie publique, doivent faire l’objet d’une démarche particulière de réconciliation et de réparation collectives. Des occasions comme les célébrations du Ramadan ou de la Pessa’h juive devraient donc être des moments de reconnaissance publique et de voeux adressés à ces communautés.

Dans l’état actuel des choses, ces options restent implicites au niveau politique belge. Ainsi le président du parti DEFI, François Desmet, est-t-il l’un des rares à avoir décidé de souhaiter un bon Ramadan aux Musulmans en ce 13 avril 2021, alors qu’il est lui-même à la tête d’un parti plutôt considéré comme laïc. Paul Magnette, considéré aussi comme Président d’un Parti laïc mais avec la base musulmane probablement la plus large du paysage politique francophone belge, n’a pas émis de voeux particuliers. Sans parler du silence du PTB qui, tout en draguant lourdement l’électorat musulman des grandes villes belges, soutient la répression féroce de la Chine à l’égard des musulmans Ouighours au Xinjiang.

A quelques exceptions près dont la ministre des affaires étrangères Sophie Wilmès ou le bourgmestre de la Ville de Liège Willy Demeyer, très peu de politiques belges se sont en réalité exprimés. A noter d’ailleurs qu’aucune ministre fédérale ou régionale avec des racines familiales musulmanes ne s’est exprimée pour souhaiter un bon mois de Ramadan aux Musulmans. Exception faite des trois précités, aucun autre responsable gouvernemental ou Président de parti autre ne s’est exprimé sur les réseaux sociaux.

Chacun aurait pourtant intérêt à clarifier sa position: s’agit-il pour elles/eux de traiter tous les cultes sur un pied d’égalité ? Et dans ce cas, on attend d’eux qu’ils se positionnent également avec discrétion sur les célébrations de Noël ou du Te Deum de la fête nationale du 21 juillet. Ou alors s’agit-il de célébrer toutes les sensibilités minoritaires sur un pied d’égalité en envoyant, un peu à la Justin Trudeau, un signe de reconnaissance à toutes les confessions et identités minoritaires. Dans un contexte où ces communautés sont l’objet de concurrences électorales féroces, cette clarification des positions des présidents et porte-parole des partis politiques belges et francophones aurait le mérite de l’honnêteté.

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