Dix ans après la mort suspecte de la gendarme franco-algérienne Myriam Sakhri, la justice française rouvre le dossier

Des juges français ont décidé, ce vendredi 2 avril, de rouvrir le dossier en lien avec la mort de la  gendarme Myriam Sakhri.  Cette jeune femme de 32 ans avait été retrouvée morte dans une caserne à Lyon en 2011. La thèse officielle avait conclu à un suicide mais sa famille n’y a jamais cru.

C’est le 26 janvier dernier que le parquet général a demandé, devant la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Lyon, la réouverture d’une information judiciaire pour « harcèlement » et « homicide involontaire ». La décision était attendue le 30 mars, c’est finalement le 2 avril que l’arrêt a été rendu public.  

Le 24 septembre 2011, dans son appartement de fonction, le corps de Myriam avait été retrouvé, une balle dans le ventre et son arme de service à ses pieds. La version soutenue par les voix officielles est qu’elle se serait suicidée après avoir appris qu’elle devrait comparaître devant un tribunal pour deux affaires en lien étroit avec sa profession. Pourtant, Myriam Sakhri affirmait, des mois avant sa mort , qu’elle était harcelée par des collègues et par sa hiérarchie. Un mot écrit par elle fut retrouvé à côté de sa dépouille : « Merci à G. le connard!« , celui-ci est  le colonel sous les ordres duquel elle travaillait à l’époque.

Harcèlement moral et discrimination raciale

La famille de Myriam Sakhri,  ses amis, une partie de ses collègues affirment ne pas croire à la thèse du suicide. Sur une chaine de télévision française, interrogé dans un reportage consacré au dossier de Myriam Sakhri, un gendarme qui partageait la même unité que la sienne avoue que la jeune femme connaissait ; «un mal-être au niveau de l’unité où elle travaillait», avant de poursuivre qu’elle était  régulièrement victime ; «de harcèlement moral et de discrimination raciale».

Tout commence lorsqu’elle est mutée dans une nouvelle caserne à Lyon. Elle assiste à plusieurs reprises à des comportements racistes de la part de ses  collègues  gendarmes à l’encontre de la population lyonnaise d’origine étrangère. Lorsque ces citoyens passent un appel ils sont traités de «bougnoules», de «boukak», de «youpin». Parfois, certains gendarmes  vont même jusqu’à  raccrocher au nez en  demandant de rappeler : « une fois qu’ils auront appris à parler convenablement le français ».
Ecœurée, Myriam adresse une lettre à son supérieur en vue d’attirer son attention, allant jusqu’à dénoncer les  trois collègues auteurs des propos racistes. Malheureusement, rien ne change. Son supérieur va même jusqu’à refuser de la recevoir. Elle devient alors la cible de ces gendarmes racistes qui « ont juré de lui pourrir la vie ».

Un premier non-lieu

La famille avait rapidement porté plainte après le supposé suicide de Myriam.  Cela a suscité l’ouverture d’une information judiciaire mais celle-ci a débouché sur un non-lieu en 2013, confirmé en appel en 2014 puis par la Cour de cassation en 2015. En novembre dernier, la famille a transmis  à la justice de nouvelles attestations de témoins ainsi que de nouveaux éléments sur le rôle joué par le colonel G., devenu général depuis. Pour les avocats de la famille, ces éléments nouveaux confirment le harcèlement raciste dont se plaignait Myriam ainsi que de la partialité des investigations menées par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale dans les premiers jours qui ont suivi la mort de Myriam.

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