Turquie : Le boom des hôtels hallal, le nouveau jackpot de l’industrie du tourisme turque.

 

(Photo by COLIN Matthieu / hemis.fr / Hemis via AFP)

 

La Turquie, depuis le début des années 1990, est devenue la destination favorite des vacanciers. Le pic fut atteint en 2019, avec presque 52 millions de touristes qui affluent du monde entier. En 2020, ce chiffre est retombé à 16 millions en raison de la pandémie de Covid 19, mais il est de nouveau en progression depuis l’été dernier.

Si les vacanciers aiment la Turquie, c’est parce qu’elle concentre à peu près tout ce qu’un touriste aime en période de vacances : le soleil, le farniente, la découverte, le dépaysement… et tout cela sans trop se ruiner.

La Turquie reste, en effet, un pays où manger et se loger est très démocratique, sans compter les vols charters qui permettent d’acquérir des billets à des tarifs parfois dérisoires.

Mais si le tourisme en Turquie a favorisé une ouverture massive au monde entier en se juxtaposant aux cultures diverses, aujourd’hui, une nouvelle approche est en train d’émerger dans l’industrie touristique turque, celle d’un tourisme halal. Et le succès commercial est au rendez-vous.

Qu’est-ce qu’un tourisme halal ?

Hilal Uysal Namal, la vice-présidente du conseil d’administration de l’hôtel Adin Beach ( Antalya), dont le concept est déjà en application, part du constat qu’il n’est pas facile de nager en burkini pour les femmes voilées. Dans les plages ou les piscines traditionnelles, elles subissent le regard des autres et il n’est pas toujours bienveillant.

Hilal explique, à nos confrères de MEMO ( Middle East Monitor), que « le maillot de bain burkini, qui couvre tout le corps à l’exception des mains, du visage et des pieds, n’est pas nécessaire (dans son hôtel) car il y a trois plages : une pour les femmes, une pour les familles et une pour les hommes. Quant à la plage réservée aux femmes, elle est complètement isolée. ». Elle poursuit en ajoutant: « les médecins constatent que les femmes voilées sont en carence de vitamine D car leur corps n’est jamais exposé au soleil ». Argument supplémentaire pour justifier le concept.

Il fallait y penser…

L’hôtel, avec cette organisation pour le moins originale, est le fruit d’une entreprise familiale née en 1984. Aujourd’hui, les chambres plutôt haut de gamme, restent quand même réservées à une clientèle à l’aise financièrement qui vient de Turquie, mais également de Belgique, de France, d’Allemagne ou encore du Pakistan. La réputation de l’établissement, dans son concept halal, commence à dépasser les frontières de la Turquie pour faire des émules en Malaisie, ou encore en Indonésie.

Ömer Akgün Tekin, professeur au département du tourisme de l’Université d’Akdeniz (Antalya) révèle à nos confrères de Memo qu’«Environ 400 millions de musulmans vivent dans un rayon d’à peine 5 heures de vol de la Turquie. » Le pays est donc un potentiel énorme pour le tourisme des musulmans qui désirent des lieux adaptés à leur pratique religieuse. Pour Ömer Akgün Tekin : « En Turquie, de plus en plus d’entreprises essaient d’offrir des services aux touristes musulmans ».

 Musulmans oui, mais musulmans riches surtout !

Pour occuper une villa à l’hôtel Adin Beach d’Antalya, il faudra débourser 1 000 euros la nuit. Et malgré cette somme conséquente, en pleine saison, les villas sont complètes toute la semaine. La demande d’hôtels adaptés aux musulmans dépasse l’offre et c’est cela qui fait grimper les prix. À ça s’ajoute l’organisation pratique qui demande une logistique plus lourde puisqu’il faut dédoubler l’infrastructure comme une piscine pour les hommes et une autre pour les femmes ainsi qu’un personnel adéquat pour l’aile masculine et l’aile féminine.

Autre aspect, les plages sont privées et séparées. Le burkini n’est pas interdit en Turquie, mais les hôtels conventionnels, dans la grande majorité, l’interdisent et c’est ce qui réfrène les plus rigoristes.  Le tourisme adapté aux musulmans progresse indubitablement en raison d’une population musulmane mondiale qui voit son niveau d’éducation, et par conséquent ses revenus, progresser.

Le rejet, les regards suspicieux, l’islamophobie dont sont victimes les musulmans sont également des facteurs en faveur de ce nouveau concept. A cela s’ajoute également le sentiment de sécurité, surtout pour les femmes. Hilal rassure également en affirmant :  « Tous nos clients ne sont pas conservateurs. Certaines femmes qui ne portent pas le foulard viennent à l’hôtel parce qu’elles se sentent plus à l’aise de porter un bikini sur la plage des femmes. »

 

 

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