Courrier International rapporte dans une édition récente le contenu d’un article interpellant du quotidien danois Dagens Nyheter. Il relate l’histoire de Mohammed Aslam, un chauffeur de taxi, arrivé au Danemark à l’âge de 7 ans et installé depuis plus de 37 ans dans un appartement de la banlieue de Copenhague. La journaliste rapporte que l’ancien appartement de Mohamed est occupé par un nouveau locataire depuis six mois et que sa femme et lui logent provisoirement dans un studio étudiant, à une centaine de mètres de là. La plupart des habitants du quartier ont été chassés de la même manière parce l’État danois a décidé de placer Mohamed et sa famille dans la catégorie des ‘non-Occidentaux’.
Le Danemark mène en effet depuis 2018 une politique active pour réduire la ségrégation dans certains quartiers, souvent désignés comme des « ghettos. » Cette initiative, appelée « Plan de lutte contre les ghettos, » vise à diminuer la concentration de populations issues de l’immigration et en situation socio-économique précaire dans certains quartiers. Adopté en 2018, le plan repose sur des mesures strictes, telles que la réduction du nombre de logements sociaux dans ces zones, l’amélioration de l’éducation et le renforcement des sanctions pour les délits commis dans ces quartiers.
L’une des mesures les plus controversées est la limitation de la proportion de résidents issus de minorités « non occidentales », visant à éviter la formation de communautés homogènes. Le gouvernement impose également des critères stricts pour désigner un quartier comme « ghetto » basés sur des facteurs tels que le taux de chômage, le niveau de revenu, les antécédents criminels, et le niveau d’éducation. Les quartiers qualifiés de ghettos font ensuite l’objet de politiques de transformation, impliquant parfois des démolitions de logements sociaux.
Si certains y voient une réponse pragmatique aux défis de l’intégration et de la cohésion sociale, ces mesures ont aussi suscité de vives critiques. Des voix dénoncent une approche discriminatoire, accusant le gouvernement danois de stigmatiser des populations vulnérables. La politique divise l’opinion publique et pose des questions importantes sur les méthodes d’intégration et les limites de l’intervention étatique dans la vie des quartiers.
L’affaire des lois ghettos a été portée devant les tribunaux danois et vient d’atterrir à la Cour de Justice de l’Union européenne. Les habitants et leurs avocats plaident une infraction à la à la directive européenne sur l’égalité de traitement sans distinction de race ou d’origine ethnique. Les plaignants sont soutenus dans leur démarche par les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur le racisme et la discrimination raciale, ainsi que de l’Institut danois des droits humains. L’arrêt de la Cour n’est pas attendu avant plusieurs mois.