Des maisons de retraite pour les musulmans du 3 -ème âge? Question éminemment tabou dans la communauté musulmane

C’est un énorme scandale qui touche la France et Orpea qui n’est autre qu’un groupe mondial très important dans le secteur des maisons de retraite. C’est d’ailleurs la publication, le 26 janvier dernier, du livre « Les Fossoyeurs », écrit par le journaliste Victor Castanet, qui a mis le feu aux poudres. L’ouvrage évoque un système qui, pour maximiser la rentabilité financière, prend en otage des résidents qui sont maltraités, sous-alimentés et abandonnés à leur sort malgré parfois les lourds handicapes qu’ils connaissent.

La question des dernières années de nos ainés et aussi une question très présente dans les familles immigrées. Le vieillissement des hommes et des femmes issus de l’immigration musulmane et les lourds problèmes de santé qui en découlent se posent aussi à leurs familles et cela depuis une vingtaine d’années maintenant.

Le scandale qui a touché certaines maisons de retraite en France et en Belgique nous révèle l’extrême difficulté de la prise en charge idoine des ainés. Mais lorsque l’aspect culturel entre en jeu, lorsque la Communauté s’est toujours « arrangée » pour accompagner et veiller sur les aïeux, comment s’organise la prise en charge lorsque cette nouvelle génération, active et salariée, doit poursuivre l’us ancestral de l’accompagnement jusqu’au dernier souffle ?

C’est une réalité qui reste encore méconnue, mais qui pourtant concerne de plus en plus de familles musulmanes. À Bruxelles, il fut un temps question de créer un home pour ce public en particulier. En décembre 2011, le journal la Capitale l’annonçait dans ses pages, une maison de repos islamique, projet d’un imam du nom de Abdelkader Dahmichi. 

Ce lieu, qui ne vit jamais le jour, était prévu sur le territoire de la commune d’Evere, près du site de l’Otan. L’objectif était de le concevoir pour répondre aux attentes des pensionnaires de religion musulmane même si le projet se voulait un lieu pour tous. Dans l’idée du théologien, une aile devait être destinée aux femmes et une autre aux hommes, mais aussi une partie pour les couples. Des salles de prière et, bien sûr, des repas exclusivement halal. Un projet ambitieux, mais aurait-il suffi à faire basculer les idées reçues et les conséquences du regard de la Communauté sur ceux qui « placent » leurs parents en institution ?

Une question encore tabou.

La première génération de l’immigration, ces hommes et ces femmes arrivés du Maghreb ou de Turquie dans les années 1960 et 1970 est celle qui aujourd’hui se retrouve à un âge très avancé. Ce vieillissement s’accompagne de maladies lourdes, physiques ou psychiques, qui demandent une attention constante et exigeante. Infirmité, incontinence, Alzheimer… Des troubles qui réclament des compétences infirmières ou d’aide-soignante. Des ainés qui, certes ont grandi eux-mêmes dans une société de l’entraide transgénérationnelle, mais qui dans l’Occident du XXIe siècle ne peut plus se concevoir avec le même idéal. Et si les mœurs changent à un rythme effréné, les mentalités, le font beaucoup moins vite. 

Sur les sites et forums musulmans où les questions sont posées, légion les réponses lapidaires et sans réserves, renvoyant l’internaute à la Sourate 17 et au verset 23 du Coran. Celui-ci stipule l’obligation au musulman de veiller sur son parent vieillissant : «(…)Si l’un d’eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point: «Fi!» Et ne les brusque pas, mais adresse leur des paroles respectueuses. »

L’Allemagne déjà, il y a presque 20 ans

En mai 2004, s’est ouvert à Francfort un Centre d’aide interculturel. Un lieu pouvant recevoir 123 personnes et même si ce Centre n’était pas spécifiquement destiné à une communauté en particulier, les Allemands y avait intégré une salle de prière pour les résidents musulmans. À l’époque, onze places étaient prévues dans le foyer pour les résidents de confession musulmane.

L’Allemagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas… Nombreux pays européens se retrouvent aujourd’hui confrontés à cette réalité de la population vieillissante issue de la communauté musulmane. Des lieux adaptés à leurs modes de vie et en phase avec leurs rites et mentalités doivent pouvoir être imaginé. C’est un débat de société qui ne cesse d’être différé, mais qui doit pouvoir être évoqué ouvertement et sans tabou.

Il existe l’amour que les enfants portent à leurs parents mais il y a aussi les limites de chacun à pouvoir répondre à la lourde charge d’une maladie qui demande assistance. Pour cela, un lieu adapté et le moins déstabilisant possible pour la personne comme pour sa famille doit être possible, sans porter de jugement sur la question du placement d’un parent. 

 

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