La notion de « communautarisme » est souvent invoquée dans les débats publics dans l’espace francophone, en particulier lorsqu’il s’agit de questions liées à l’intégration, à l’immigration et à la diversité culturelle. Le terme est généralement utilisé de manière péjorative pour décrire un repli d’une communauté sur elle-même, qui s’organiserait en dehors des règles et valeurs dominantes de la société. Cependant, une critique approfondie de cette notion révèle de profondes limites et malentendus. En Belgique, en particulier, tout fonctionne comme si les expressions communautaires (flamandes, wallonnes, francophones, de genre et d’orientation sexuelle, etc.) fonctionnaient en parfaite légitimité, à l’exception de celles des nouveaux Belges les plus vulnérables.
Une notion scientifiquement floue et politiquement stigmatisante
L’une des premières critiques à l’encontre du terme « communautarisme » est son caractère scientifiquement flou. Il n’existe pas de définition claire et universellement acceptée du communautarisme, ce qui le rend facilement manipulable selon les contextes politiques. En Belgique et en France, par exemple, le terme est souvent utilisé pour désigner des groupes perçus comme refusant l’assimilation, en particulier dans le contexte de la présence musulmane. Cependant, cette approche tend à stigmatiser certains groupes ethniques ou religieux sans considérer les réalités complexes de leur vécu et singulièrement leur assimilation culturelle, en réalité, très avancée.
Ce flou définitionnel contribue à une stigmatisation des minorités. En parlant de communautarisme, on sous-entend souvent que certains groupes seraient « fermés » et incapables ou réticents à s’intégrer. C’est aussi l’option assumée et la compréhension qui est défendue par le dictionnaire Larousse. Cette perception ignore le fait que de nombreux individus issus de ces groupes sont souvent très bien intégrés, tout en conservant des identités culturelles et religieuses distinctes et non-problématiques. En ce sens, le terme « communautarisme » véhicule une vision monolithique des communautés et passe à côté de la diversité interne qui existe au sein de celles-ci.
Un usage politiquement stigmatisant
Le terme « communautarisme » est aussi souvent mobilisé dans un contexte politique, notamment pour alimenter des discours de peur ou de division. Les femmes et hommes politiques et certains médias l’utilisent pour dénoncer des pratiques supposément en contradiction avec les valeurs universalistes, républicaines ou laïques, renforçant ainsi un discours de rejet. Cette instrumentalisation détourne l’attention des vrais défis sociaux et économiques auxquels sont confrontées les communautés, comme la marginalisation, le chômage, les discriminations et les violences policières.
Cette critique rejoint l’idée que le communautarisme est souvent utilisé pour masquer les faiblesses des politiques publiques de l’État. En pointant du doigt des groupes supposément repliés sur eux-mêmes, on évite d’aborder des problèmes systémiques plus larges, comme les inégalités structurelles ou les discriminations institutionnelles. Cela déplace la responsabilité du « mauvais fonctionnement » de la société vers des communautés marginalisées, plutôt que de remettre en question les politiques publiques qui peuvent accentuer ces inégalités.
Diversité et pluralisme
Une autre critique essentielle de la notion de communautarisme réside dans son incompatibilité avec le pluralisme démocratique. Dans une démocratie moderne, il est attendu que les individus puissent exprimer librement leurs identités, qu’elles soient religieuses, culturelles ou ethniques. Pour autant qu’elles respectent le principe très libéral et très ancien de non-nuisance aux autres élaboré par John Stuart Mill dès 1859, le vivre-ensemble repose sur la reconnaissance de cette libre-diversité et non sur la négation ou l’effacement des différences. Assimiler toute forme d’expression communautaire à du « communautarisme » revient à refuser cette pluralité, nécessaire au bon fonctionnement d’une société ouverte et inclusive. Viendrait-il, par exemple, à l’idée d’un esprit raisonnable procédant par analogie, de réduire toute expression d’un groupe national à une expression nationaliste ?
En résumé, la notion de communautarisme est une construction idéologique qui sert le plus souvent à stigmatiser des groupes minoritaires et à détourner l’attention des véritables causes des tensions sociales. Plutôt que de voir la diversité culturelle comme une menace, il est crucial de l’appréhender comme une richesse qui peut renforcer la cohésion sociale, à condition qu’elle soit gérée de manière équitable et respectueuse des droits de tous. Au final, relevons que lorsque la notion de communautarisme est invoquée, l’ethnocentrisme majoritaire n’est jamais très loin ….