Quid de la vaccination des « Sans- » (Sans-papiers, sans-logis, etc) ?

Depuis le début de la vaccination en Belgique en janvier dernier, nous n’avons pas échappé à toutes sortes de couacs. Retard dans la livraison des doses,  mauvaises communications quant aux personnes à vacciner…  En revanche, comme cela était prévu, les groupes prioritaires sont bel et bien en cours de vaccination. Nous parlons ici des professionnels de la santé, des personnes âgées et de celles souffrant de maladies dites chroniques. Néanmoins,  il est à retenir que parmi les hommes et les femmes les plus fragiles de nos société,  il y a ceux et celles qu’on ignore, les « invisibles », parmi lesquels les sans-papiers, les sans-abri et autres « sans ».

La docteure Marieke Priem, référente médicale chez Médecins du Monde affirme, sur le site de l’ONG, qu’il y a un accord de principe qui stipule  que « tout le monde sera vacciné, en cela compris les personnes sans-abri, sans papiers ou qui passent sous les radars ». Les autorités publiques sont conscientes qu’il s’agit là d’un impératif de santé publique  pour obtenir une immunité collective le plus rapidement et la plus large possible. 

Des équipes mobiles seront mises en place pour aller à la rencontre  des sans-abri et des sans-papiers.

Jugées comme population particulièrement vulnérable,  ces personnes seront vaccinées vers  le mois d’ avril ou mai, selon les autorités sanitaires. Cela correspond aussi à la période où le du vaccin Janssen, qui ne nécessite qu’une seule dose, devrait être plus largement accessible. N’être vacciné qu’une seule fois pour être protégé est beaucoup plus gérable pour le personnel soignant, surtout lorsqu’il faut aller à la rencontre des gens qui vivent dans des conditions de grande précarité. La plupart du temps, il s’agit de  sans-abri qui habitent dans des logements précaires, insalubres, mais aussi, des publics invisibilités comme les travailleuses du sexe, etc.,

Les sans-papiers et les sans-abri sont très souvent des personnes à la santé particulièrement fragile. Pourtant, elles ne figurent pas dans la liste des hommes et de femmes prioritaires comme le sont les personnes âgées ou les malades chroniques.

La docteure Marieke Priem avance également ceci :  Une étude a montré que les personnes qui fréquentent notre médibus, notre centre de soins ou les centres d’hébergement, souffrent plus souvent de maladies chroniques que la population belge moyenne. C’est dû, en partie, à leurs difficiles conditions de vie et au fait qu’ils et elles soient déconnecté.e.s du système de soins de santé. Mais il existe différents groupes au sein de nos patient.e.s : un jeune migrant venant du Soudan montre une plus grande résilience qu’une personne sans-abri de 60 ans ayant des problèmes cardiaques. En d’autres termes, il n’existe pas de réponse univoque sur la stratégie de vaccination idéale des personnes vivant en marge de notre société. C’est une question de mesure, de segmentation et de phasage.

Le variant britannique qui a fait son apparition chez nous est à la fois dangereux et très contagieux. Dans les Centres où se retrouvent les personnes sans-abri, dans les immeubles inoccupés ou tout autre endroit où la promiscuité est importante, les foyers de contamination sont nombreux et le risque très élevé. D’où l’importance de sensibiliser quant à la nécessité  du port du masque et du lavage des mains. En ce qui concerne les besoins et attentes éventuels que ces groupes expriment en faveur de la vaccinations, ils sont pratiquement nuls. Ils et elles ont le sentiment d’être exclus de la société et donc de la volonté des pouvoirs publics de les inclure dans le processus de vaccination.  

 Dans l’absolu, la vaccination de cette population sera un grand défi. Les équipes mobiles procéderont à la vaccination mais essentiellement si le vaccin à une seule dose est disponible. Le vaccin Pfizer par exemple, n’est pas du tout envisageable compte tenu du fait que les  conditions strictes de conservation ne seront pas possibles.

Une autre difficulté à laquelle il faudra songer est l’obligation de l’inscription. Parmi cette population précarisée, beaucoup n’ont pas d’adresse, de numéro national ou ont peur d’être enregistrés et donc repérés. La vaccination des sans-abri et des sans-papiers sera un véritable défi à relever pour les autorités. Il nous renvoie aussi à nos propres responsabilités et aux souffrances et aux vulnérabilités qui se reproduisent dans les marges de nos sociétés.

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