Sammy Mahdi, le secrétaire d’état belge à l’Asile et à la migration, face à lui-même

Est-il simple ou compliqué de succéder au poste de Théo Franken, secrétaire d’état à la migration au style froid et inflexible ? Est-il simple ou compliqué de gérer un dossier sur les migrants et leurs régularisations lorsqu’on est soi-même impliqué par une histoire familiale au cours de laquelle la demande de régularisation s’est posée ? Seul Sammy Mahdi peut répondre à ces questions.

Depuis la fin du mois de janvier, des sans-papiers ont trouvé refuge à l’église du Béguinage, à l’ULB et à la VUB. Devant la surdité des responsables politiques, le 23 mai dernier, 456 personnes ont décidé d’entamer une grève de la faim. Hier, 28 juin, une étape supplémentaire dans l’horreur, des réfugiés se sont cousus la bouche pour symboliser leur invisibilisation et leur mise sous silence.  Les familles concernées ont parfois des enfants nés et scolarisés en Belgique. Pour la plupart, ils travaillent au noir sans pouvoir être déclaré faute de régularisation. Certains sont en Belgique depuis 10 ans voire plus.

 Sammy Mahdi, 32 ans, membre du CD&V, élu député fédéral à la Chambre des représentants en 2019, puis Secrétaire d’état en 2020 avait accepté un poste qui le plaçait sous l’œil attentif de ses électeurs, de son parti, de ses concitoyens et de l’ opposition. Incarner la diversité et devoir décider du sort d’une partie d’elle, pour ce fils de réfugié politique irakien, le défi à relever pouvait être un pari magistralement gagnant ou dramatiquement perdant.

Certes, avec son Master en droit international et européen à la VUB doublé de son histoire familiale, on aurait pu croire à la revendication d’une vision politique humaine et progressiste mais il n’en est rien. Les faits, les décrets, les règlements européens sont les matériaux qui alimentent les réflexions et les décisions du jeune trentenaire. Vincent Engel, écrivain, écrit avec beaucoup de réalisme, dans une carte blanche parue sur le site du Vif ce 29 juin, « « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » ; vous savez parfaitement que le pourcentage de « toute cette misère du monde » qui prend le risque énorme de tout quitter et de traverser l’enfer pour arriver dans un autre enfer, ce pourcentage est minime par rapport à celles et ceux qui ne peuvent quitter leur pays ou leur région. Jamais nous n’accueillerons « toute la misère du monde » ; mais nous avons le devoir de contribuer activement à la réduire, parce que nous en avons les moyens politiques et financiers. »  

Déjà suite aux émeutes de 2017 à Bruxelles, des propos scabreux.

Le 11 novembre 2017, suite à la qualification du Maroc à la Coupe du monde 2018, des violences urbaines éclatent à Bruxelles. Une partie du centre-ville de la capitale belge est saccagée.  Magasins pillés, mobiliers urbains détruits, voitures incendiées donneront suite à de violents affrontements avec la police.

Dans les médias et parmi l’opinion publique s’engage alors une polémique « autour de l’insécurité dans la capitale et la non-intégration des jeunes issus de l’immigration ». Sammy Mahdi publie alors une carte blanche  qu’il diffuse massivement en Wallonie autant qu’en Flandre : « Chère petite racaille, on en a marre de toi ! » On en a marre. Tu ne te sens peut-être pas comprise. Et peut-être que tu as même des bonnes raisons pour cela. Mais tu gâches tout pour tout le monde ». Selma Benkhelifa, avocate au PTB, réagira dans Le Vif en ce termes : Sammy, je ne te connais pas, mais je me permets de te poser une question : vas-tu écrire une carte blanche pour dire ton ras-le-bol par rapport aux petites racailles racistes de Gand ? »

Aujourd’hui, une partie de l’opinion publique et certaines associations est choquée par la vision des migrants décharnés. D’autres courants politiques, en revanche, soutiennent la politique de Mahdi,  à l’instar du MR et de son président, Georges Louis Bouchez, qui twittait le 27 juin dernier : « Total soutien à Sammy Mahdi .La vraie inhumanité est celle de faire croire que l’on peut changer les règles selon les circonstances. Un État de droit doit agir avec humanité en prenant sa part de solidarité mais avec la rigueur indispensable à l’équilibre de la société. »

Lire l’intégralité de la carte blanche de Vincent Engel via ce lien 

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