Ce 5 décembre, Malik Oussekine, 35 ans déjà !

Il y a 35 ans, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, un jeune étudiant de 22 ans,  Malik Oussekine, était battu à mort par la police, en marge d’une manifestation estudiantine. Une bavure qui aura marqué toute une génération et ébranlé la classe politique française de l’époque.

Nous sommes en décembre 1986. Le gouvernement français fait face à la colère d’étudiants qui dénoncent le projet de ce qu’on appelait à l’époque la « loi Devaquet ». Celle-ci vise à réformer les universités françaises. Alain Devaquet, initiateur de la loi, était ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sous le gouvernement de Jacques de Chirac. La colère des étudiants, qui les avait poussé dans la rue, était suscitée par, notamment, une sélection plus rigoureuse à l’entrée de l’université.

Le 4 décembre 1986, des centaines de milliers de personnes défilent dans les rues de Paris en signe de contestation. Mais ce jour-là, les manifestations laissent peu à peu place à de violents affrontements entre les forces de l’ordre et des citoyens. En réponse, dès le lendemain, la préfecture donne l’ordre à des voltigeurs motorisés (une brigade de policiers à moto) de faire des rondes afin d’évacuer les rues et disperser les “casseurs”.

Young people attend a march held in memory of Malik Oussekine on December 4, 1987,. (Photo by Jean-Loup GAUTREAU / AFP)

 

Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraques et de pieds (…)”

Dans la nuit du 5 au 6 décembre, Malik Oussekine sort d’un club de jazz où il a l’habitude de se rendre. Le jeune franco-algérien étudie à l’Ecole supérieure des professions immobilières (ESPI) et est resté à l’écart des manifestations des derniers jours. Alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui, trois voltigeurs le poursuivent rue Monsieur-le-prince à Paris. Malik Oussekine, pris en chasse, croise Paul Bayzelon, un fonctionnaire au ministère des Finances qui rentre chez lui. Il dira, “Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d’un jeune homme. Je le fais passer mais deux policiers voltigeurs parviennent à s’engouffrer eux aussi dans le hall d’immeuble, et se ruent sur lui »

Le fonctionnaire poursuivra en affirmant : « Ils le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier ‘je n’ai rien fait, je n’ai rien fait’”, poursuit Paul Bayzelon, seul témoin du drame.

Après le départ des policiers, Malik Oussekine, inconscient et souffrant d’une insuffisance rénale, est emmené d’urgence à l’hôpital où il est déclaré officiellement décédé quelques heures plus tard. Toutefois, des rapports montrent qu’il serait en réalité décédé dans le hall de l’immeuble, battu à mort. Malik Oussekine, féru de basket-ball et de musique, voulait devenir prêtre jésuite. Son seul crime aura été d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

Un drame qui aura marqué toute une génération.

Dès le lendemain du meurtre, des étudiants sont reçus au ministère de l’Intérieur pendant qu’est organisée une marche silencieuse dans la capitale française. Le ministre Alain Devaquet présente alors sa démission et son projet de loi est retiré quelques jours plus tard. Cette fameuse brigade de voltigeurs, créée en 1969 par la volonté du ministre de l’intérieur de l’époque, Raymond Marcellin( initiative prise après les évènements de mai 1968), sera dissoute après la mort de Malik.

Le Président de la République François Miterrand apporte lui aussi son soutien aux manifestations étudiantes et condamne la violence dont ont fait preuve les policiers. Le 10 décembre 1986, d’autres marches silencieuses sont organisées partout en France. À la mémoire de Malik Oussekine mais aussi d’Abdel Benyahia, un jeune homme de 20 ans tué le 5 décembre par un policier ivre dans un bar de Pantin.

Les deux policiers auteurs du crime de Malik seront quant à eux jugés pour “coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner” et respectivement condamnés à 5 et 2 ans de prison avec sursis, contre l’avis de l’avocat général qui réclamait des peines de prison ferme. Une sanction dérisoire selon le président de SOS-Racisme de l’époque Harlem Désir, pour qui Malik Oussekine a été victime d’un “véritable passage à tabac par des forces de l’ordre qui étaient dans un état de surexcitation incroyable”.

35 ans plus tard, les violences policières sont toujours présentes

35 ans après le drame, les violences policières n’ont pas disparu en France. Mauvais traitements, répressions violentes lors de manifestations, interpellations discriminatoires ou encore injures racistes, les accusations sont nombreuses. En comparaison aux autres pays d’Europe, les cas de blessés ou morts suite à des violences policières auraient même augmenté ces dernières années et nombreuses sont les violences qui demeurent impunies.

En Belgique aussi, de nombreux cas sont rapportés.

En avril dernier, dans un rapport, l’ONU pointait du doigt les violences racistes et le profilage ethnique pratiqué par les forces de l’ordre. 35 ans après, la date anniversaire de Malik Oussekine nous rappelle qu’il est plus que temps que la France comme la Belgique abordent sérieusement la problématique des violences au sein de leurs institutions policières.

Clara Grégoire

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