L’exposition « Minutes égrenées » de Sylvie Ludwiczak rend hommage aux mineurs

Belleville galaxie présente   « Minutes égrenées «  de Sylvie Ludwiczak, exposition  dart textile contemporain, conçue pendant le temps du confinement.

Les ancêtres de Sylvie étaient des émigrés polonais qui, pendant la guerre, ont fui leur pays pour se réfugier en France ,en travaillant dur pour extraire la houille des entrailles de la terre. Fidèle à leur mémoire, Sylvie rend un vibrant hommage aux mineurs du Nord en choisissant une texture qui ressemble très fort à la houille.

Noir et brillant, ce plastique, complexe à travailler, ne rebute néanmoins pas l’artiste qui a conçu plusieurs œuvres à base de ce matériau.
La vue d’un métier à tisser, alors qu’elle n’ était encore qu’une enfant, a détourné Sylvie de la tradition familiale. Elle a échappé à la mine en étudiant aux Beaux arts, puis à l’Ecole des Gobelins, avant de travailler comme lissière aux  manufactures des Gobelins et de Beauvais.

Très vite, elle a senti la nécessité de faire des recherches personnelles. Elle expérimente la laine, le coton, le plastique, le fil de fer ou la dentelle. La mémoire familiale la hante. Elle crée plusieurs pièces autour de la houille. Comme les ouvriers qui comptaient les heures en risquant un coup de grisou dans les galeries souterraines, elle comptabilise également le temps des pièces qu’elle produit et brode les heures au fil de fer.

Quand les temps du confinement lui mettent la tête à l’envers, elle crée deux pièces carrées bicolores (en rouge et noir) qu’elle intitule «  mes seins ne tournent pas rond ».

De cette matière noire et brillante qu’elle travaille inlassablement, elle tire des tapisseries en relief ou d’ étranges structures fantomatiques.

Didier Debarge voit dans ce travail une recherche de spiritualité : «La matière comme un fondement du monde, indissociablement liée au temps qui la forme et, ici, à l’artefact qui la transforme pour en exprimer sa nature.

Des lambeaux de matière plastique noirs se trament sur une chaîne de laine – résidus d’un dérivé du pétrole s’insinuant dans la fibre animale. Un pétrole lui- même dérivé d’une lente décomposition d’une matière végétale qui, par digestion, se retrouvera aussi dans le poil de l’herbivore. » Il y voit une « libre et insolente pérégrination du carbone » transformée en « houille pure » pour donner à l’œuvre toute sa minéralité. L’artiste joue du contraste en opposant cette matière organique à un carré de laine, daté en dentelle, fil de soie ou inox.

L’humour est omniprésent avec ses fermetures éclair ( les vraies et les fausses ) en trompe l’œil, et parfois même en faux trompe l’œil. Elle décline ses propositions de boutons ou emballe ses créations.

Elle n’inscrit pas le temps au fer rouge mais au fil de fer. Plusieurs pièces noires déclinent ces thématiques. Au fond de la pièce, un grand dyptique vertical commémore le cauchemar du 15 avril,  lorsque Notre Dame avait prix feu. Des petits fils de soie rouge évoquent les flammes dévorantes.

Dans son grand tryptique réuni aux couleurs plus douces, elle continue à compter le temps de chaque module réalisé. Même si le temps se vêt parfois de dentelles, il passe inexorablement au détecteur de minutes…Avec un clin d’œil, elle ajoute dans un titre: « Sans compter les heures supplémentaires » .

Exposition Galerie galaxie chez First floor. 28 rue des fossés St Bernard. Paris 75005
Premier
étage de Gépetto vélo.( jusqu’au 5 novembre 2021 (mardi au samedi  9h- 19h)

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