Aujourd’hui s’ouvre à Alger le procès de Saïd Djabelkhir; poursuivi pour atteinte à l’Islam et blasphème à l’encontre du prophète.

Said Djabelkhir, chercheur en soufisme et islamologue algérien mais aussi fondateur du «Cercle des lumières pour la pensée libre», se trouve aujourd’hui sur le banc des accusés au tribunal de Sidi M’Hamed à Alger. Son crime ?  Quatre publications datées entre le 10 et 13 janvier 2020 remettant en question certains hadiths.

C’est une plainte déposée contre lui par un enseignant de l’université de Sidi Bel Abbès, Abderrezak Bouiadjra, informaticien et un collectif de cinq avocats qui conduit aujourd’hui Said Djabelhir à devoir s’expliquer devant la justice. Aucun délit ne lui est reproché mais bien ses avis de chercheur sur certaines questions religieuses estimées blasphématoire par les plaignants.

Les charges sont formulées en ces termes :  «atteintes aux préceptes de l’Islam», atteinte et moquerie aux hadiths authentiques de la sunna du Prophète, au pilier du pèlerinage et au sacrifice rituel du mouton de l’Aïd El-Kébir».

Un espace de débat engagé contre l’obscurantisme.

Said Djabelhir en initiant avec le journaliste militant Mehdi Bsikri le « Cercle des lumières pour la pensée libre » avait comme dessein de permettre un espace dédié à la manière idoine de contrer le discours intégriste, qui ne quitte pas la  société algérienne et qui même s’y enracine avec force. 

Depuis plusieurs années, il mène sans relâche un combat intellectuel contre  les fatwas wahhabites et les salafistes. Auteur d’ouvrages sur le soufisme, la première rencontre du « Cercle des lumières pour la pensée libre »  avait pour thème « la citoyenneté et les explications du patrimoine religieux », véritable gageure dans une Algérie gangrénée  par un salafisme présent dans toutes couches de la société jusqu’au plus haut niveau de pouvoir.

Saïd Djabelhir se bat  avec d’autres intellectuels, comme les écrivains Amin Zaoui, Hmida Layachi ou encore Achour Fenni « pour la liberté de conscience et pour mettre un terme à l’inquisition en Algérie ». Comme chercheur, il tente de  lancer des pistes de réflexion sur la montée de l’intégrisme et ses tendances « takfiri » (excommunicatrices),  ce que le poète Achour Fenni nomme à juste titre de « terrorisme intellectuel ».

Lors de son procès aujourd’hui, il lui sera demandé de s’expliquer sur certains  hadiths qu’ il estime non recevables comme par exemple celui qui affirme que le prophète a conseillé à certaines tribus : « de boire de l’urine de chamelle à des fins thérapeutiques » ou cette fatwa qui stipule que les femmes doivent donner le sein aux amis de leur mari pour qu’ils deviennent licites sous le toit conjugal. Mais ce n’est pas tout, Saïd Djabelhir dénonce également les mariages précoces des jeunes filles ce qui, pour ses accusateurs, relève d’une attaque directe envers le prophète Mohammed.

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