Comment Hollywood a invisibilisé les cowboys noirs

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L’image du cowboy dans notre conscience est invariablement celle d’un homme robuste, de grande taille, Blanc aux yeux bleus, des bottes, une clope au bec et un pistolet. Toujours un pistolet ! Cette image est incarnée par Clint Eastwood par exemple dans Le Bon, la Brute et le Truand ou encore par John Wayne dans Rio Bravo. Nous avons grandi avec cette représentation. Elle continue de nous fasciner. Mais cette figure du cowboy qui a traversé l’Atlantique pour arriver jusqu’à nous par le petit ou le grand écran n’est qu’une représentation. Elle a façonné notre imaginaire du Far-West sauvage étasunien. Mais nous le savons maintenant: c’est une construction et une image biaisées. 

La construction d’un mythe raciste et sexiste

En réalité, 25% des cowboys étaient afro-américains, soit un cowboy sur quatre. Pourtant, l’imaginaire collectif ne perçoit les héros des chefs-d’œuvre hollywoodiens qu’à travers les yeux d’une société blanche, qui glorifie la blanchité des héros et la loyauté du noir. Au mieux le Noir est perçu comme un ami fidèle au service du héros Blanc ou, par exemple, serveur dans un saloon à l’écoute des problèmes du Blanc. Au pire il est l’ennemi à abattre. 

Mais nous le savons maintenant, les westerns d’Hollywood n’ont pas seulement tenté de reconstituer une histoire du Far-West.  Ils en ont surtout produit une lecture racialisée et genrée, loin d’être innocente. C’est le récit vu du côté du vainqueur, du dominant. L’impact culturel de l’industrie cinématographique en a fait un puissant outil de soft power au service d’une hégémonie culturelle. C’est cette hégémonie qui a produit ce mythe du cowboy blanc, qui elle-même reproduit la domination sexiste et raciale. 

L’invisibilité des cowboys noirs: reflet d’une société étatsunienne fondée sur  l’inégalité raciale

Les cow-boys noirs étaient en grande partie d’anciens esclaves ou des descendants de familles d’esclaves. Ayant obtenu leur liberté après la guerre de sécession, beaucoup se sont dirigés vers l’ouest. Ils partaient dans l’espoir de mettre à l’épreuve leur force de travail et leurs compétences dans l’élevage. Même si l’esclavage fut aboli après la guerre de sécession, les Noirs n’avaient que très peu d’opportunités de travail offrant un revenu proche de celui des blancs. L’élevage bovin était l’un des rares domaines à offrir un semblant d’égalité. 

Ce n’est que vers les années 1930 que les premiers westerns représentants des cowboys afro-américains font leur apparition dans la catégorie « Films de races ». Il s’agissait de viser les populations afro-américaines en leur offrant des personnages auxquels ils puissent s’identifier avec un casting entièrement afro-américain comme pour le film Le Bronze Buckaroo, un film entièrement dédié au public afro-américain. Et même si la totalité des personnages du film était noire, le personnage principal, interprété par Herb Jeffries, ne l’était pas. Pour jouer le rôle, il a du se maquiller en se noircissant le visage, phénomène aujourd’hui bien plus controversé qu’à l’époque du Blackface. 

La lente prise de conscience de l’industrie cinématographique hollywoodienne

Dans les années 1960, la critique contre les stéréotypes raciaux entretenus par Hollywood enfle. Le poète et écrivain afro-américain, James Baldwin (1924-1987), en est l’un des porte-voix. Dans l’une de ses interviews, il déclare : « Autant que je sache, les héros étaient blancs – et pas seulement à cause des films, mais à cause du pays dans lequel je vivais, dont les films n’étaient que le reflet. Je méprisais et craignais ces héros parce qu’ils se sont vengés eux-mêmes. Ils pensaient que la vengeance était à eux, et oui, je l’ai compris. Mes compatriotes étaient mes ennemis. ».

Face à la critique, Hollywood évolue et cherche à ajuster le tir. A ce jour, la représentation des cowboys noirs reste marginale et fourmille de stéréotypes. Toutefois, de plus en plus de réalisations cinématographiques offrent une image réhabilitée du cowboy afro-américain. Le western de Quintin Tarantino Django Unchained (2012) en offre une belle illustration. C’est un mélange entre la satyre et le drame qui donne à voir une réalité plus crue. On y découvre le vécu du cowboy noir et le racisme auquel il était exposé. 

Cependant l’évolution de l’industrie cinématographique américaine n’a pas toujours été à la hauteur des attentes du public. De plus en plus d’historiens, de réalisateurs, d’acteurs et de représentants de la société civile demandent que les afro-américains soient représentés avec respect. Il revendiquent que ce travail soit fait en reflétant fidèlement ce que fut la réalité de leurs vécus. Une exigence est née aux USA qui ne s’éteindra pas. Elle veut que les exploits accomplis par les femmes et les hommes de couleur soient montrés à l’écran. Non seulement dans la catégorie Western mais dans toutes les catégories du cinéma hollywoodien. 

 

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