L’islamo-gauchisme: une polémique franco-française aux armes intellectuelles mal affutées

Le débat lancé en France sur l’islamogauchisme est une nouvelle fois le révélateur du profond malaise de la société française face au pluralisme religieux et singulièrement face à l’islam. La question de l’islam est en ébullition et en débats partout en Occident mais il y a peu d’autres démocraties avancées qui le vivent sur un mode aussi névrotique. La perspective d’une possible victoire de Marine Le Pen dans quatorze mois aux élections présidentielles n’explique que très imparfaitement cette fixation française sur l’islam et les musulmans.

Le débat porté par la Ministre de l’enseignement supérieur Dominique Vidal, outre qu’il relève d’une polémique franco-française aux armes intellectuelles mal affûtées, est surtout un rendez-vous manqué. Comme le judéo-bolchévisme avant lui, l’islamo-gauchisme est une catégorie de combat politique qui restera sans grande perspective pour la vie des idées. Ce dont nous prive ce mauvais débat, c’est d’une réflexion sur la très faible perméabilité de la pensée islamique aux pensées de gauche et au marxisme en particulier ? Si le christianisme a connu sa théologie de la libération, si des courants du judaïsme ont été travaillé en profondeur par le socialisme, l’islam et les acteurs musulmans ont offert peu d’ouvertures aux doctrines politiques de gauche dans la période contemporaine, à l’exception notable de l’intellectuel chiite iranien Ali Shariati.

Il faut beaucoup d’effort pour penser qu’une intersection soit possible entre l’islamisme et le gauchisme. L’islam, et plus encore l’islamisme, resteront pour longtemps encore éloignés du gauchisme. Mais cette partie minoritaire de la gauche qui défend la citoyenneté des musulmans est l’honneur de son camp. Sans être naïve sur les contradictions et les complexités de cette population musulmane ou l’on trouve aujourd’hui autant de modernisateurs que de conservateurs moraux, cette gauche sait que l’enjeu est ailleurs: cesser ces humiliations répétées pour faire société et se donner une chance de construire une citoyenneté commune.

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