En 2021, les migrants du Sud contribueront trois fois plus au développement du Sud que les pays du Nord ? Comment en est-on arrivé là?

En 2021, en pleine crise du COVID, les migrants du Sud installés au Nord ou dans d’autres pays du Sud devraient transférer quelques 470 milliards USD vers leurs pays d’origine, soit une chute de 14% par rapport à 2019, essentiellement en raison de la pandémie. Dans le même temps, les pays développés membres du Comité de l’Aide au Développement de l’OCDE n’ont consacré que 153 milliards USD. Malgré la rhétorique de l’aide généreuse apportée aux pays pauvres, le constat est à la fois limpide et tranchant : les migrants du Sud contribuent trois fois plus au développement du Sud que les pays riches du Nord. Comment en est-on arrivé là ? 

C’est en octobre 1970 que les pays les plus riches et les plus industrialisés se sont engagés à consacrer 0,7 % de leur produit national brut pour l’aide au développement des pays pauvres. 50 ans après, sont-ils parvenus à se hisser au niveau de cette amibition ?  Soyons francs ! Les engagements n’ont tout simplement pas été respectés. La Belgique, par exemple,  n’a contribué qu’ à hauteur  de 0,416% de son PNB en 2019. Pourtant, cette aide  aux pays pauvres est primordiale notamment dans la lutte contre les problématiques climatiques et dans le cadre de la pandémie mondiale.

Cet engagement est écrit noir sur blanc dans la résolution 2626 de l’Assemblée générale des Nations Unies.  Celle-ci stipule que tout pays « économiquement avancé » verra son aide accroitre  pour arriver au montant minimum de 0.7% de son produit national brut. La date butoir était… 1975 au plus tard.

Très vite, parfois même avant 1975, plusieurs pays ont respecté cet accord notamment la Suède, les Pays-Bas, suivis par la Norvège et le Danemark. Aujourd’hui, le constat est terrible, la grande majorité des pays n’ont pu tenir leurs engagements des 0,7% et cela nonobstant la promesse de s’y engager ces dernières décennies.

La Belgique, quant à elle,  n’a jamais pu atteindre cet objectif. Sa contribution à même considérablement chutée depuis 2010. De 0,64% elle est à présent à 0,42% du revenu national brut. Il est à noter qu’elle se retrouve bien en dessous de la moyenne européenne. 

L’aide au développement est depuis très longtemps fortement critiquée. Sa pertinence laisse perplexe nombre d’observateurs  qui pointent du doigt  les divergences d’intérêts entre pays donateurs et bénéficiaires. Effets de domination au profit des prêteurs via les conditions financières dont dépendent ces pays. 

Dambisa Moyo, spécialiste de la macroéconomie, affirme que « l’aide serait même contre-productive et responsable de quasiment tous les maux africains : elle serait la cause de la corruption, de l’absence de croissance, de l’inflation et même des conflits ». En règle générale, la crise financière de 2008 a incité les pays donateurs à mettre en place des réformes pour moderniser cette aide.  dans un contexte de restriction budgétaire, l’idée d’un bon retour sur investissement est devenue une priorité pour les pays riches.

Si l’aide au développement n’a pas était parfaite, elle a néanmoins été efficace dans beaucoup de pays ces dernières années.

Les économistes sont d’accord pour affirmer que cette aide publique au développement ne pourra, à elle seule, permettre les objectifs de développement durable 2030 prônés par les Nations Unies mais a contrario des autres apports financiers, elle sert directement dans la lutte contre la pauvreté.

Son utilité cible également  le renforcement de l’État de droit et le maintien de la paix. Elle peut garantir provisoirement les carences financières des États en insuffisances pour le maintien des  services sociaux de base et en ces temps de pandémie cela a plus que jamais tout son sens. Sept pays d’Afrique sub-saharienne financent leurs aides sociales et médicales grâce à l’aide internationale. Dans les pays les plus pauvres au monde,  il faudra encore plusieurs années avant que d’autres options soient proposées. Pour l’OCDE cette aide est la seule qui peut à ce jours soutenir ces pays… sauf à considérer l’aide que les migrants accordent à leurs familles restées au pays et qui démontre qu’une mobilisation pour le développement plus importante est possible !

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