Entretien avec Vincent Aubert, philosophe, dans le cadre de la sortie de son livre : « Dis, c’est quoi le racisme ? » aux éditions Renaissance du Livre


 

 

 

 

 

« Esclavage et ségrégation des Noirs aux États-Unis, colonialisme européen, génocide des Juifs… Le racisme est au cœur des plus grandes injustices que notre monde ait connues ces derniers siècles, et nous sommes loin d’en avoir fini avec lui. Qu’est-ce toutefois que le racisme ? L’islamophobie est-elle une variété de racisme ? Le racisme peut-il s’exercer à l’encontre des Blancs ? La discrimination raciale, qu’elle soit « positive » ou sous la forme de réunions non mixtes, est-elle raciste ?…« 

Vincent Aubert, docteur en philosophie et maître de conférences au sein du laboratoire ETHICS de l’Université catholique de Lille répond à ces questions dans son ouvrage paru aux éditions Renaissance du Livre.

divercite.be l’a rencontré pour vous.

Entretien :

divercite.be : Qui êtes-vous, Vincent Aubert ?

Vincent Aubert : Je suis actuellement maître de conférences à l’Université Catholique de Lille. J’ai fait une thèse de philosophie à la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale de l’Université catholique de Louvain. Avant cela, j’avais fait des études d’ingénieur et d’économie. Aujourd’hui, je suis spécialisé en philosophie politique et morale. J’ai pas mal travaillé sur les théories de la justice sociale et  l’éthique économique. Depuis quelques années, je m’intéresse à la question du racisme et des injustices raciales.

divercite.be : Le terme de « racisme » n’est-il pas aujourd’hui complètement galvaudé?

Vincent Aubert : Déjà, on parle de plus en plus du racisme et c’est une bonne chose. On en parlait finalement assez peu il y a 15 ou 20 ans. Après, effectivement, je pense que c’est un terme qu’on utilise souvent de manière inadéquate et il y a plein de raisons à cela. C’est un sujet extrêmement sensible quand on sait les horribles injustices qui ont été commises. C’est aussi un sujet qui est instrumentalisé dans le champ politique. C’est enfin une question assez complexe, ne serait-ce que sur le plan philosophique.

divercite.be : Pourquoi cette question du racisme vous intéresse-t-elle particulièrement ?

Vincent Aubert : J’ai pensé à un moment donné qu’il y avait un problème dans le débat public autour de cette question et que je pouvais essayer d’apporter un peu de clarification. On parle beaucoup de racisme, mais souvent sans dire exactement ce qu’on entend par là. Il y a donc énormément de confusions et de malentendus. Les gens ne savent pas forcément très bien comment utiliser le terme ou alors ils ne se rendent pas compte qu’ils utilisent plusieurs définitions ou encore que leur interlocuteur utilise une autre définition que la leur, ce qui occasionne  beaucoup de malentendus.

divercite.be : Pour vous le débat sur le racisme est donc récent ? Il existe pourtant depuis longtemps. Pour exemple, les premiers Italiens en Belgique dans les années 1950 pouvaient lire sur la devanture des cafés « interdits aux chiens et aux Italiens ».

Vincent Aubert :C’est vrai, mais à cette époque là, ces personnes n’avaient pas forcément les moyens de se faire entendre, il n’y avait pas forcément d’institutions qui étaient là pour permettre de relayer leurs expériences ou leurs doléances à l’égard de la société. Aujourd’hui, on en parle beaucoup plus dans les médias. Les mentalités ont aussi énormément évolué. En France, les archives de l’audiovisuel permettent de se replonger dans la manière dont l’homme de la rue pouvait s’exprimer, il y a 50 ans, sur le racisme. Il est frappant de constater à quel point le racisme s’exprimait de manière décomplexée.

divercite.be : À l’époque justement, les minorités étaient beaucoup plus discrètes, beaucoup moins visibles.

Vincent Aubert : Exactement, aujourd’hui nous assistons à l’arrivée de nouvelles générations. Des jeunes qui ont fait des études universitaires, qui acquièrent des positions de pouvoir, etc. Alors forcément, ils ont une parole et n’ont pas envie de se taire.

divercite.be : Dans votre livre, vous abordez la définition du mot « race ». Pour beaucoup de sociologues et d’anthropologues aujourd’hui, c’est un mot qu’ils essaient d’extraire de leur vocabulaire ?

Vincent Aubert : Et ils ont tout à fait raison si, par « race », on entend un groupe d’individus qui auraient en commun, non seulement une apparence physique ou une origine, mais également un tempérament ou des facultés héréditaires. Dans ce sens-là, les races humaines n’existent pas. Après, j’explique dans le livre qu’il y a d’autres sens de la notion de « race », dans le débat public comme dans le débat académique. J’explique également que c’est d’une autre notion dont on a besoin pour étudier le racisme et les injustices raciales : celle d’un groupe « racisé » ou « racialisé », un groupe de gens que certains considèrent, fût-ce à tort, comme constituant une race.

divercite.be : Comment avez-vous construit votre livre en abordant un sujet si complexe en un si petit volume ?

Vincent Aubert : Un sujet complexe…Et sensible ! Donc ça n’a pas été facile même si je n’avais pas la prétention d’aborder le sujet dans sa globalité. Je m’intéresse principalement à la clarification des notions de race et de racisme ainsi qu’à celle des controverses du débat public contemporain (le racisme de la police, l’islamophobie, le racisme anti-blanc, la discrimination positive, etc.). Une autre difficulté était que je ne voulais pas trancher entre les principales définitions du racisme. Répondre à la question de savoir si telle chose est raciste prend à l’évidence plus de temps si on doit le faire du point de vue de plusieurs définitions du racisme.

divercite.be : Comment pensez-vous que la société évoluera avec ces questions dans un proche avenir ?

Je ne suis pas devin donc je préfère formuler le vœu que nous parvenions à prendre la mesure du racisme actuel ainsi que des conséquences du racisme passé tout en se dirigeant vers une société dans laquelle la race ne comptera plus.

 

 

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