Le parti d’extrême-droite de Geerts Wilders gagne les élections aux Pays Bas : « Nous voulons moins d’islam et nous y parviendrons »

Le militant d’extrême droite Geert Wilders a largement remporté les élections législatives hier aux Pays-Bas. Il travaille, d’ores et déjà, âprement en vue de former un gouvernement de coalition. Ce succès est une victoire sans précédent dans un pays historiquement connu pour sa tolérance. Inutile de dire que ce résultat ébranle l’ensemble du pays et l’Europe.

Le PVV (Parti de la liberté) de Wilders a remporté 37 sièges au parlement, soit plus du double de sa représentation lors des dernières élections et devançant tous ses opposants, selon des résultats presque complets.

Le bloc de gauche composé d’une alliance de sociaux-démocrates et d’écologistes est loin derrière avec 25 sièges, tandis que le VVD de centre-droit en obtient 24, un résultat catastrophique pour le parti du Premier ministre sortant Mark Rutte.

Wilders, 60 ans, a désormais la lourde tâche de tenter de former une coalition efficace, en courtisant ses rivaux qui ont, avant l’élection, catégoriquement exclu de servir dans un gouvernement dirigé par le PVV.

Cette victoire écrasante inattendue a suscité des félicitations immédiates de la part des dirigeants d’extrême droite en France et en Hongrie, mais elle suscitera probablement des craintes à Bruxelles : Wilders est anti-européen, pro-russe et souhaite un référendum sur un « Nexit » pour quitter l’Union européenne.

Bien qu’il ait adouci sa rhétorique anti-islam pendant la campagne électorale, le programme du PVV promet une interdiction du Coran, des mosquées et du foulard islamique. Les dirigeants de la communauté musulmane des Pays-Bas n’ont pas tardé à exprimer leurs inquiétudes. « Je ne sais pas si les musulmans sont toujours en sécurité aux Pays-Bas. Je suis inquiet pour ce pays« , a déclaré Habib el Kaddouri, de l’association SMN des Néerlandais d’origine marocaine, à l’agence locale ANP.

Lizette Keyzer, une chef d’entreprise de 60 ans originaire d’Enschede, dans l’est des Pays-Bas, a déclaré avoir eu des « palpitations cardiaques » à la sortie des résultats des urnes.

Le pays « va dans une direction de droite. Nous espérons que cela ne deviendra pas complètement le cas« , a ajouté Keyzer.

S’adressant à ses partisans enthousiastes à La Haye à la sortie des urnes, Wilders a redoublé sa rhétorique anti-immigration, affirmant que les Néerlandais avaient voté pour endiguer le « tsunami » de demandeurs d’asile.

« Le PVV ne peut plus être ignoré », a-t-il crié, appelant les autres partis à conclure un accord avec lui.

Mais on ne sait pas comment il pourra rassembler les 76 sièges dont il a besoin pour obtenir une majorité dans un Parlement qui en compte 150.

L’ancien commissaire européen Frans Timmermans, à la tête du bloc Verts/Travaillistes est arrivé en deuxième position. Il a immédiatement exclu toute coopération avec Wilders, affirmant qu’il était désormais de leur devoir de « défendre la démocratie » dans le pays.

Le champion de la lutte anti-corruption Pieter Omtzigt, dont le parti Nouveau Contrat social a remporté 20 sièges, semble certain de jouer un rôle et s’est déclaré « disponible » pour des négociations, admettant qu’elles ne seraient pas faciles.

Dilan Yesilgoz, qui a mené le VVD de centre-droit à un nombre décevant de 24 sièges, s’est montrée quant à elle timide le soir du scrutin, affirmant que Wilders devrait voir s’il pouvait forger une coalition.

Pendant la campagne, elle a d’abord ouvert la porte à l’entrée de Wilders dans un gouvernement dirigé par le VVD mais a souligné qu’elle ne servirait pas sous ses ordres.

Diederick van Wijk, de l’Institut Clingendael, a déclaré à l’AFP que les Pays-Bas se trouvaient désormais en « territoire inexploré » après la « victoire écrasante » de Wilders.

Le virage néerlandais vers l’extrême droite survient après que l’Italie ait élu Giorgia Meloni au poste de Premier ministre.

Le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban a salué « un vent de changement » après les résultats des urnes, tandis que la Française Marine Le Pen a salué sa « performance spectaculaire« .

Et bien que Wilders ait promis qu’il serait Premier ministre « pour tous les Néerlandais », ses diatribes anti-musulmanes dans le passé lui ont valu le surnom de « Trump néerlandais », une référence également à sa coiffure peroxydée, lissée en arrière.

Il a été reconnu coupable de discrimination en 2016 après avoir dirigé une foule scandant « moins » de Marocains aux Pays-Bas et a déjà comparé le Coran à « Mein Kampf » d’Adolf Hitler, affirmant que les deux livres devraient être interdits.

Reprenant la rhétorique caractéristique de Wilders, le manifeste du PVV déclare : « Les demandeurs d’asile se régalent de délicieux buffets gratuits sur les bateaux de croisière tandis que les familles néerlandaises doivent réduire leurs courses. »

« Nous voulons moins d’islam aux Pays-Bas et nous y parviendrons grâce à moins d’immigration non occidentale et l’introduction d’un arrêt général de l’asile« , indique le programme.

Un « référendum contraignant » serait organisé sur un « Nexit », c’est-à-dire l’idée d’une sortie des Pays-Bas de l’UE. Le PVV appelle également à un « arrêt immédiat » de l’aide au développement.

En matière de politique étrangère, les parallèles avec Trump sont évidents. « Les Pays-Bas d’abord », claironnait le manifeste.

Les médias néerlandais ont été stupéfaits par la victoire de Wilders.

« Personne ne s’y attendait, pas même le vainqueur lui-même », affirme le quotidien Trouw. Même la chaîne publique NOS, habituellement calme, a qualifié cela de « victoire monstrueuse », une expression qui a été reprise dans plusieurs médias.

Le Financieele Dagblad a déclaré que le résultat « bouleverse la politique de La Haye », tandis que le quotidien NRC le décrit comme une « révolte populiste de droite qui ébranlera le Binnenhof jusqu’à ses fondations », en faisant référence au quartier gouvernemental de La Haye.

© Agence France-Presse

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