« Itinéraire d’un enfant gâté » une scène du film de Claude Lelouch, sorti en 1988 avec Jean Paul Belmondo, suscite un débat sur twitter.

Les temps changent. La société, composée de ses minorités, de ses diversités, de ses singularités observe le monde et les univers qui le composent sous un prisme nouveau. L’absurde d’hier est devenu le (trop) sérieux d’aujourd’hui. La parodie est assimilée au mépris. Les différences soulignées, coupables de racisme.

La polémique (tempête dans un verre d’eau) est suscitée par une scène du film où l’acteur apparait à l’écran le visage peint en noir. Le tweet de l’internaute qui publie la photo avec en légende : « On en parle du blackface de Belmondo ou c’est tabou ? » relève au moins un symptôme : la police de la pensée a trouvé, grâce aux réseaux sociaux, un terrain d’expression, d’expansion, de divulgation du tout et du n’importe quoi. Cette polémique, indécente, on peut l’estimer d’à propos ou incongrue. Pour ma part, je penche pour la seconde interprétation. Hier, lundi 6 septembre, la presse française a rendu un hommage fleuve au comédien et c’est cela qu’il faut retenir.

L’homme est mort mais sa légende figée, immortelle. Dix vies en une seule. Mille voies empruntées en quatre-vingt-huit années, là où, la plupart d’entre nous, angoisse à l’idée de quitter l’unique pour se hasarder dans une autre. L’acteur est allé jusqu’au bout des (ses) limites risquant sa vie, parfois, au bénéfice de l’œuvre qu’il voulait vraie et dont il pourrait s’exalter d’avoir porté du prologue à l’épilogue.

Le sens de la perfection, du travail accompli, de la maitrise du film jusqu’à ses angles les plus aigus. On peut aimer ou détester Dujardin, Delon, Gabin ou Depardieu mais Belmondo faisait l’unanimité. Un consensus qu’il devait à ce don inné du sens de la dérision, de la simplicité offerte, jamais feinte et toujours pour servir sa philosophie de vie.

Bien sûr, c’était un comédien et, comme tout comédien, grand de surcroit, il dût faire avec  l’ego qui fût le sien, à la hauteur de son talent. Mais Belmondo, c’était aussi le sens de la pudeur. Il n’étalait pas ses déconvenues, ne médiatisait pas ses blessures, ne partageait pas ses opinions politiques, ne communiquait pas sur sa vision de l’état du monde, ne s’accoquinait pas (publiquement du moins) avec des hommes de pouvoir ou d’affaires. Une chose le rendait vulnérable : l’homme aimait les femmes, seul talon d’Achille qui parfois faisait la Une des magazines people.

Alors, aujourd’hui, si la France pleure son trublion du cinéma, si elle ressent la nécessité de lui rendre cet hommage qu’elle ne rend habituellement qu’aux héros de guerre ou aux victimes du terrorisme (le 9 septembre aux Invalides à Paris) soyons solidaires de cet hommage.

Déjà en avril dernier, Gérard Darmon avait publié sur Instagram une photo de tournage de la série à laquelle il participe : «Capitaine Marleau». Le visage et le torse peints en noir avec comme légende :  «Othello pour Marleau ». La publication avait suscité beaucoup de réactions. Le «blackface» avait ensuite été supprimé par le comédien mais certains de ses followers en avaient fait des captures d’écran avant de partager à nouveau la photo polémique.

Pour beaucoup, le «blackface» est un acte raciste. Pratique remontant au XIXème siècle, aux USA, lorsque des comédiens blancs se peignent le visage en noir pour parodier les anciens esclaves. Mais à trop espérer une société policée, restons attentifs à ne pas la mener vers la censure qui dessert plus qu’elle ne sert la cause de toutes les minorités.

 

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