L’Allemagne qui s’apprête à voter dimanche nous donne-t-elle la leçon en matière de diversité ?

Ce dimanche 26 septembre, les Allemands sont appelés aux urnes pour élire un nouveau Bundestag, l’assemblée parlementaire qui garantit la représentation du peuple allemand dans sa globalité. Cette élection définira la prochaine coalition qui permettra au pays d’avoir un nouveau gouvernement mais aussi un chancelier ou une chancelière  qui viendra succéder à Angela Merkel. La chrétienne-démocrate devra alors quitter le pouvoir après quatre mandats, soit seize années à la tête de l’Allemagne mais aussi, d’une certaine manière, de l’Europe.

 

(Photo by AXEL SCHMIDT / AFP)

Mutti” (Maman) pour ses aficionados, “Dame de fer” allemande pour ses détracteurs.

Certainement une des femmes les plus puissantes et les plus influentes de ce début du XXIe siècle, Angela Markel aura su être, selon les circonstances, aussi conciliante qu’intransigeante. Même si la problématique migratoire occupe une place centrale dans les politiques européennes, force est de constater que ces questions ne sont pas traitées de manière uniforme dans les pays de l’Union européenne. La gestion de la crise de l’accueil des Syriens de 2015 de la chancelière Merkel, sa vision de la diversité et son application dans les strates de la société allemande font de son bilan -sur les questions liées à l’immigration- un des meilleurs de l’UE.

Selon l’OCDE, la population immigrée allemande est plus nombreuse qu’en France.  

L’Allemagne est aujourd’hui un pays dont la diversité ethnique et culturelle est la plus importante parmi ses voisins européens. Pourtant, pas de débats sur la question migratoire là où en France elle est déjà au centre de toutes les interventions politiques à sept mois des élections présidentielles.

Les chiffres officiels sont impressionnants. En 2017, 19,3 millions de personnes  soit 23,5 % de la population étaient étrangères. Ce nombre, correspond aux immigrés ou aux enfants d’immigrés. Certes, il n’existe pas de pays au monde accueillant des migrants en nombre important sans connaître d’écueils. Si des progrès restent à faire, les nouveaux arrivés après 2015 (un million de persones entre 2015 et 2016) ont été relativement bien reçus et ont très vite intégré le marché du travail. Il est à relever que 50 % de la population venue de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan a trouvé un emploi plus ou moins stable dans les grandes villes allemandes.[1]

Depuis le début de l’industrialisation massive de nos sociétés, l’immigration, selon qu’elle soit présente en période de croissance ou de crise, est encensée ou décriée. L’économie allemande est en bonne santé. Depuis 2007, le pays se place à la quatrième place dans le classement des plus grandes puissances économiques mondiales. Au  niveau européen, elle est même la première. Cette réalité favorise l’inclination naturelle de l’Allemagne à l’accueil des migrants qui viennent compenser la dénatalité et le manque concomitant de forces vives dans les secteurs de l’Horeca, des services de sécurité ou encore de la santé. Les maisons de retraite sont en manque patent de personnel suffisamment qualifié, dans un pays qui voit sa population âgée croitre au fil des ans.

L’Institut économique berlinois (DIW) confirme la réussite de la politique migratoire de la chancelière sortante mais relève néanmoins deux problèmes. Le premier : les femmes sont trop peu présentes sur le marché de l’emploi (souvent mères de très jeunes enfants). Le second : la faible qualification qui caractérise encore un trop grand nombre de ces migrants.

Aujourd’hui, la langue est globalement bien acquise par une grande moitié des migrants et un tiers supplémentaire se situerait dans un niveau intermédiaire. La réussite et l’adaptation, somme toute rapide, de cette vague migratoire exhorte les autorités allemandes à favoriser encore plus la venue de personnes étrangères. Ce qui fait dire à Herbert Brücker « Nous sommes au milieu d’un changement démographique« . Si l’on observe les chiffres de 2019 (qui reflètent la période avant Covid 19), le nombre des travailleurs a diminué de 340 000 personnes. Quant aux fameux « baby boomers » lorsqu’ils auront tous pris la retraite, cette tendance s’accentuera.

Aujourd’hui, la natalité allemande est très faible (parmi les plus faibles d’Europe) et seule la migration pourra soutenir l’économie par sa main d’œuvre. L’Allemagne nous donne-t-elle la leçon en matière de diversité ? La réponse semble aller de soi.

[1] Selon Herbert Brücker, spécialiste des questions migratoires au sein de l’institut de recherche sur le marché de l’emploi (IAB).

 

 

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