Le 17 octobre 1961, plusieurs dizaines d’Algériens seront assassinés à Paris par la police de Maurice Papon

France, Paris, 17-10-2021.  (Photo by Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

 

Ce lundi 17 octobre verra le triste anniversaire d’un massacre qui a eu lieu au cœur de la capitale française. En 1961, à quelques mois à peine de l’indépendance de l’Algérie, des dizaines de milliers d’Algériens sont dans la rue pour exprimer leur indignation et pour protester pacifiquement contre le couvre-feu dont ils sont les victimes depuis le 5 octobre de la même année.

S’organise alors une terrible répression sous les ordres du préfet de police de l’époque : Maurice Papon, le même qui, quelques années plus tôt, entre 1942 et 1944, et alors qu’ il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, s’est montré complice d’arrestations et de séquestrations de Juifs dans la région de Bordeaux, avant leurs acheminements vers le camp d’Auschwitz.

Ce mardi 17 octobre 1961, et alors que les Algériens marchent calmement dans les rues de Paris, les policiers se montrent extrêmement violents : passage à tabac, matraquages, strangulations, certains manifestants seront même jetés à la Seine. Les chiffres exacts sont difficiles à établir, mais on évoque entre 150 à 200 exécutions. Si depuis quelques années, des commémorations sont organisées à la date anniversaire, pendant plus de cinquante ans, la France fut frappée d’amnésie sur ce massacre.

« Il s’agit de la répression d’État la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine.» écriront  Jim House et Neil MacMaster, deux historiens britanniques, dans leur livre paru en 2008 chez Tallendier : « Les Algériens, la République et la terreur d’État ». Si beaucoup d’hommes et de femmes, Algériens ou non, restent sans réponse quant au peu de cas fait par les historiens français, pendant des décennies, de l’évocation de ce massacre, peut-être est-ce parce que la guerre d’Algérie, dont ce drame reste une conséquence, était encore, jusqu’il y a peu, une plaie trop béante.

 Un massacre occulté de la mémoire collective.

Les autorités  françaises impliquées dans la mise en place de cette terrible répression ont connu la Seconde Guerre mondiale et étaient pleinement acteurs de celle qui se déroulait en Algérie. Entre un préfet de police, Maurice Papon, dont l’ambition maladive annihilait la plus infime compassion, un Premier ministre, Michel Debré, défenseur farouche d’une Algérie française, un ministre de l’intérieur, Roger Frey, dont la répression impliquée sa responsabilité directe, un effacement du tableau semblait ce qui devait être fait de mieux et de plus vite pour la pérennité carriériste de ces hommes d’État.

De Gaulle, lui-même, « irrité par cet épisode » a demandé à ce qu’on passe rapidement à autre chose après les premiers émois passés.

Mediapart, en juin dernier, a pu consulter des documents classés jusque là, et qui révèlent que « le général de Gaulle à tout su, et très vite : c’est-à-dire la responsabilité de la police dans le crime, comme l’étendue de celui-ci. Une annotation manuscrite de Charles de Gaulle sur un document de l’Élysée prouve même que le président, confronté à la réalité de la situation, avait demandé que les coupables soient châtiés, réclamant aussi que son propre ministre de l’intérieur, Roger Frey, intervienne face à l’extrême danger des dérives des forces de l’ordre. Mais il ne se passera rien : aucun policier ne sera jamais condamné ». Ainsi est l’histoire, elle ne retient que ce que les Hommes veulent bien lui faire retenir. Mais si la volonté d’étouffer a prévalu pendant des décennies, aujourd’hui des journalistes, des associations, des scientifiques tentent de redonner à cette page d’Histoire la place qui lui revient et c’est la moindre des choses que l’on puisse encore faire à la mémoire de ces victimes du 17 octobre 1961.

 

 

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