Oussama Atar, « Le clandestin de Daesh ». Un livre de Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy

 

 

Georges Dallemagne, député fédéral et Christophe Lamfalussy, grand reporter à La Libre viennent de cosigner un ouvrage : « Le clandestin de Daech », fruit d’une enquête minutieuse retraçant le parcours d’Oussama Atar, cerveau des attentats de Paris et Bruxelles.

Qui est Oussama Atar ? Qui est ce Laekenois mort en Syrie en 2017 et qui continue, quatre ans après son décès, à nous plonger dans la perplexité ? Un enfant de l’immigration, comme des milliers d’autres. Issu d’une famille musulmane très pieuse. Pétri d’idéaux et porté par des envies révolutionnaires qui le conduiront, comme ses complices vers un destin criminel et funeste. Voilà son effroyable singularité.

L’ouvrage «Le Clandestin de Daesh», paru en septembre aux éditions Kennes, lève le voile sur cet énigmatique personnage. Les auteurs, Georges Dallemagne et Christophe Lamfallussy nous retracent la logique de son parcours. On le suit dès l’enfance et on apprend comment un jeune garçon, qui est né et à grandi au cœur même de la capitale de son pays, la Belgique, se retourne contre elle pour la cibler et l’atteindre en plein coeur. Georges Dallemagne, que nous avons rencontré à Bruxelles pour évoquer ce livre  nous l’avoue : « Il faut raconter l’histoire d’Oussama Atar, non pour faire l’apologie d’un fanatique, mais pour comprendre comment un petit-fils de migrant marocain est devenu un haut responsable de Daesh. Un homme qui a, depuis Raqqa, coordonné les plus atroces attentats en France et en Belgique ».

« La réalité est une chose curieuse : on croit qu’on a des yeux, mais on a plus des projections mentales que d’yeux« , Patrick Wouters, ancien commissaire de police à Laeken

Pour comprendre le parcours d’Atar, il faut faire un retour en arrière. Laeken, où vit sa famille dans les années 1970, change démographiquement et connait ses premières crises économiques. « Des familles immigrés arrivent, les Belges de souches partent pour la périphérie verte. Pour ceux qui restent, les choses se dégradent et les gens commencent à se regarder en chiens de faïence ». Naissent alors de grandes difficultés économiques, sociales, culturelles. Mais ce qui se produit surtout, c’est l’arrivée de nombreux prédicateurs et de toute une génération d’étudiants pétris par l’idéologie islamiste au Maghreb. Malika, la maman d’Oussama, tente de protéger son fils des mauvaises influences mais comment ? Quels moyens à la disposition d’une mère quand, sur le pas de la porte, ont pignon sur rue des réalités nouvelles dont l’impact est immédiat ?

Oussama Atar et d’autres jeunes hommes sont happés par les récits des « revenants d’Afghanistan ». Ils sont charismatiques, relatent leurs exploits, fascinent des jeunes qui, depuis quelques temps, marchent en équilibre instable sur le fil identitaire.

« On propose carrément à ces jeunes des stages en Afghanistan, en Syrie, en Libye, pour aller se former pendant les vacances. »

Dallemagne et Lamfalussy évoquent le mélange explosif entre la montée du radicalisme religieux et le grand banditisme. On le retrouve notamment chez les cousins d’Oussama Atar : les frères El Bakraoui. Pour rappel, le 22 mars 2015, l’un se fera sauter à Zaventem et l’autre dans le métro Maelbeek. C’est Oussama qui contribue à radicaliser. C’est lui qui en fait des islamistes dangereux alors qu’ils ne sont encore que des petits délinquants sans envergure. C’est aussi l’époque de l’essor à Bruxelles de prédicateurs tels que Jean-Louis Denis ou Bassem Ayachi qui vont avoir une influence non négligeable.

« Ce qui est intéressant est qu’on a voulu décrire dans ce livre, c’est que les autorités publiques ne sont pas complètement aveugles. Elles se rendent compte qu’il y a des choses qui ne vont pas et elles mettent en place « BRAVVO» ( NDR, le service de prévention de la Ville de Bruxelles, en charge de la lutte contre l’exclusion sociale et le sentiment d’insécurité). Mais aussi la Maison des jeunes, l’école des devoirs, le Centre culturel… énormément de choses voient le jour sauf que, clairement, … ce n’est pas efficace ».

Ces observations rencontrent une autre réalité terrible. Beaucoup de jeunes Laekenois sont déjà partis rejoindre l’État islamique. Le député Dallemagne fait le constat de l’échec de l’offre sociale. « Je ne dis pas qu’elle n’a pas été utile mais malheureusement, elle n’a pas permis d’endiguer cette demande idéologique et révolutionnaire au sens politique du terme. »

« Tirer des conclusions de ce qui s’est passé. »

Cette volonté révolutionnaire radicale d’une offre politique et religieuse différente. Cette volonté de changer la société pour mettre en place la charia. Cette volonté d’aller se battre en Syrie, en Irak… d’exporter cette révolution sur le plan mondial. Un combat éminemment idéologique. Si les auteurs du livre n’excluent pas le terreau de la précarité sociale, à leurs yeux, elle n’est ni la première raison ni la plus légitime. La plupart des terroristes avaient une famille, un travail, une vie somme toute plutôt stable. Ce choix idéologique, on peut l’imputer à « une carence identitaire, la recherche d’un idéal, d’un besoin de révolution, de quelque chose qui les transcenderait. » 

Quelles pistes pour éviter une redondance de l’histoire ? Georges Dallemagne propose une réflexion quant à un contre discours : «  même si je n’aime pas tellement l’idée d’un contre discours ». En revanche, il faut réaffirmer les valeurs de bases qui unissent les gens et permettent de faire société.

A la question des capacités intellectuelles d’Oussama Atar, Georges Dallemagne affirme que malgré la médiocre scolarité du laekenois, on peut lui accorder une certaine forme d’intelligence. « Intelligence idéologique, opérationnelle, accompagnée de convictions fortes et affirmées qui lui ont permis de mettre en place ses objectifs. D’ailleurs, Abou Bakr Al-Baghdadi, calife de l’État islamique, appréciait ses qualités de « grande loyauté et ses connaissances de l’appareil irakien ». Il ne faut pas l’oublier, Atar a  passé plusieurs années en prison en Irak avec certains de ses responsables.

Alors que le procès des auteurs des attentats de Paris se poursuit jusqu’au printemps prochain en France et que nous allons ouvrir en 2022 celui qui a touché Bruxelles, Oussama Atar reste une histoire tragique et choquante. Une histoire dont personne ne veut parler aujourd’hui en Belgique. Une histoire :  » qui gêne énormément de monde, jusqu’ au plus haut niveau politique »

Le clandestin de Daesh, par Georges Dallemagne et Christophe Lamfalussy aux Editions Kennes

 

 

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