Boris Dilliès, Bourgmestre de Uccle : « Les gens qui ne connaissent pas Uccle imaginent que nous sommes le Beverly Hills de Bruxelles. »

Avec Boris Dilliès, bourgmestre d’Uccle, divercite.be termine son cycle de « rencontre avec un bourgmestre ». Après Catherine Moureaux (PS) à Molenbeek, Oliver Deleuze (ECOLO) à Watermael-Boitsfort et Maxime Prévot (CDH) à Namur, Boris Dilliès (MR) nous parle de la diversité sur le territoire d’Uccle. Il casse le cliché de la commune pour riches. Selon lui, Uccle c’est aussi un brassage culturel.

Vue de l’extérieur, Uccle est perçu comme une commune de nantis. Etes-vous d’accord avec cela ?

C’est vrai, les gens qui ne connaissent pas Uccle imaginent que c’est une espèce de Beverly Hills de Bruxelles, une commune complètement lisse où il n’y aurait que des blonds. C’est pas du tout le cas. Les gens qui habitent et connaissent Uccle savent qu’elle est beaucoup plus métissée que cela.  C’est la deuxième commune la plus grande de la région. Sixième en nombre d’habitants et la plus grande après la ville de Bruxelles.

Justement, on peut dire que ses quartiers ont une identité propre ?

Et avec des sociologies extrêmement variées. L’Ucclois est très attaché à son quartier justement pour la diversité sociologique qui est assez riche même si, c’est vrai, lui colle une image caricaturale.

Comme toutes les communes bruxelloises, elle n’est plus celle des années 1960-1970. Mais comment a-t-elle évolué ?

Cela dépend de quelle évolution on parle. D’un point de vue purement sociologique, elle n’a pas tellement évolué. C’est une des communes qui se transforme le plus lentement en termes d’habitants. C’est ce qui fait aussi sa force, parce que justement il y a une très faible densité. 85.000 habitants pour 22 km². Pour vous donner une comparaison, Ixelles a 6 km² pour à peu près 85.000 habitants.  Une des forces d’Uccle est justement le fait d’avoir beaucoup d’espaces verts. Cette commune évolue de manière positive. Les Ucclois sont ouverts à l’évolution mais pas la révolution.

 

/ ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP)

Lorsque dans les années 1970 Bruxelles se déployait en terme de communication avec le métro, Uccle n’a jamais voulu s’inscrire dans la démarche, de peur de voir venir de nouvelles populations.

Ça dépend où à Uccle. Dans le Nord de la commune, on trouve une très belle desserte en terme de trams, bus… Ce qui est vrai, c’est que la population uccloise, il y a 40 ans, a effectivement refusé le métro.  L’État national, qui n’était pas encore fédéral, finançait le métro. Les communes pouvaient participer ou pas. La majorité de la population uccloise n’en voulait pas. Les autorités locales ont entendu la population. Deux réticences : des travaux à ciel ouvert qui dureraient entre trois à cinq ans et la crainte de l’arrivée d’une population indésirable. C’est facile de juger ça après coup, on peut dire que ça a été un manque de vision ou le fait d’écouter la population pour les autorités locales de l’époque. Le fait est qu’on ne va pas pleurer sur le lait renversé pendant 1000 ans.

En termes de diversité, Uccle abrite surtout une multiculturalité composée de personnes issues du milieu diplomatique ou d’ affaires. Là aussi cliché ?

La population étrangère la plus représentative est d’origine française : 10% sont Français. Moi-même, je suis un infiltré puisque j’ai la double nationalité. Je suis à moitié Français. Je suis né à Uccle mais j’ai passé toute mon enfance en France. Mon père était français et j’ai conservé la double nationalité.  Je suis un peu le symbole de cette immigration, un représentant de la diversité. (rire)

Au niveau des ambassades et des représentations diplomatiques, est-ce la commune qui en est le plus dotée ?

Vous avez la ville de Bruxelles, il y en a quand même une majorité. Beaucoup à Ixelles également. Mais c’est vrai qu’on a pas mal d’ambassades et pas mal de résidences diplomatiques aussi. Mais ce n’est pas Uccle qui en a le plus.

Quelles sont les autres proportions d’étrangers ?

Les chiffres exacts sont 11,72% de français,  2,80% d’Italiens, 1,95% d’Espagnols, 1,91% de Portugais, 1,49% de Roumains, 1,48% de Polonais, 1,3% d’Allemands et 0,68% de Marocains.

Les Marocains qui n’ont pas la nationalité belge ou la double nationalité.  

 Voilà, puisque la plupart de nos compatriotes d’origine marocaine sont belges donc à ce moment-là, eux ne sont pas repris.

Quelle forme prend la mixité dans la commune ?

Je suis souvent frappé de voir à quel point c’est très fort à travers les mariages.  Quand on célèbre les mariages, ce que je fais chaque samedi, on rencontre la réelle sociologie de sa commune puisque se marient les gens de toutes origines et de tous les quartiers. Je prends conscience de la mixité à travers cela. Et quand je vois des Belges d’origine marocaine qui célèbrent leur mariage, ou d’autres origines, beaucoup me disent leur fierté, leur bonheur d’habiter à Uccle et d’avoir leurs enfants scolarisés à Uccle et à quel point ils sont attachés à cette commune. Une personne qui vit ici, c’est d’abord un Ucclois. On ne se dit pas ;  » il est de telle ou telle diasporas ».  Ma plus grande fierté, c’est que toute la population quelle que soit son origine, soit heureuse d’habiter à Uccle, point barre !

Une commune comme Uccle doit être particulièrement facile à gérer ?

C’est moins facile qu’on ne le croit ! On a une qualité de vie avec une exigence très forte de la part de la population. En même temps, cette qualité de vie est fragile. Rien n’est acquis. De nouveau, je reviens à ce que je disais, il n’y a que les personnes qui n’habitent pas Uccle qui s’imaginent que tout est lisse et facile.  Non, je pense que cette qualité de vie est liée à plusieurs facteurs. Elle est liée au fait d’avoir des services suffisants, qu’ils s’agissent de l’aide sociale, de la sécurité, de la propreté, de l’offre culturelle, des animations, de l’offre scolaire… C’est plein de choses, plein d’interactions qui font qu’on arrive à garder une bonne qualité de vie mais parce qu’on est aussi très vigilants.

Si un quartier vous semble plus difficile, comment le gérez-vous ?

On ne le néglige pas, que du contraire. On met parfois un focus particulier sur l’aspect de l’éducation, de la prévention et de la répression, parce que c’est très fragile et que ça peut vite basculer.

 

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