Rachida, 41 ans, est décédée le 20 septembre dernier d’un cancer du sein : « Il ne faut pas avoir peur Madame, c’est un kyste ! »

 

Rachida ; Une mère, une épouse, une fille, une citoyenne du monde. Rachida ; pilier d’un foyer, versant féminin d’un homme, le sien depuis 23 ans. Mère d’un adolescent, privé, à l’aune de sa vie, de celle qui, comme une louve, veilla sur lui, jusqu’au bout du bout, jusqu’au dernier souffle.

La mort, Rachida ne l’a pas choisie. C’est elle qui s’est invitée. C’est elle qui a pris la décision de l’ «emporter », comme on dit, dans sa quarante deuxième année. Mais si la mort emporte, elle ampute aussi. Elle ôte, à ceux qui restent, une part d’eux-mêmes. Et comment poursuivre ? Comment retrouver un sens ou comment donner du sens à l’injustice qui frappe sans crier gare. Son mari, Lahcen Hammouch, nous l’affirme : « Si je ne créais pas la Fondation Rachida contre le cancer, je ne pourrais pas continuer. C’est cela qui m’aide, qui donne un sens à ma vie sans elle.»

Il ne faut pas avoir peur Madame, c’est un kyste !

En février 2019, Rachida palpe son sein gauche et, sous ses doigts, une grosseur l’intrique. Sans plus car,  les médecins, les hôpitaux, le monde médical suscitent en elle une forme d’allergie. Son mari l’exhorte pourtant à aller consulter, elle refuse. Mais tous les jours, Rachida se rend devant son miroir et ne peut que constater que la boule change: elle grossit. Son mari la convainc et elle cède à l’exercice de la mammographie. Elle se rend dans un Centre à Molenbeek-Saint-Jean. Matériel adéquat, médecin formé dans une bonne école, connu dans la commune où il exerce mais aussi au-delà des frontières belges car il s’avère aussi qu’il n’en est pas à son premier faux diagnostique. Le radiologue la rassure : «  ce n’est rien, juste un kyste, vous allez voir, d’ici un jour ou deux cela va encore grossir puis disparaitre ».

Soit, Rachida sort de l’examen requinquée, rassurée, triomphante en lançant à son mari : « Tu vois ? J’avais raison, rien de grave !». Rachida croit d’autant plus la parole du médecin que c’est ce qu’elle voulait entendre. Elle s’accroche au diagnostic posé presque autant qu’à la foi qui la lie à sa spiritualité. Honnissant plus que tous les hôpitaux et la médecine, elle ne remettra jamais en question le regard posé par ce médecin, déjà connu en France pour ses malversations et ses centaines de mauvais diagnostiques.

En juillet, la bille d’écolier devient une balle de tennis.

La tumeur mesure à présent vingt-deux centimètres. Un sein de cinq kilos. De retour de vacances, Rachida, cette fois, ne peut plus se dérober. A l’hôpital, le verdict tombe : cancer du sein, mais là encore: déni. Elle part au Maroc et contre l’avis de son mari décide d’avoir recours au traitement traditionnel. Là-bas, épaulée par les femmes de la famille, aussi convaincues qu’elle de l’efficacité des remèdes de grand-mère, Rachida perdra un temps fou. Un délai qui servira la tumeur que plus rien n’arrêtera désormais.

Argile, Hijama ( saignée) , Roqya (exorcisme)…

Rachida, ne croit qu’en la médecine de ses ancêtres. Elle applique l’argile sur le sein tuméfié, l’effet produit est pire que mieux. D’atroces douleurs la saisissent. De retour en Belgique, une ablation totale est pratiquée. Moins de quinze jours plus tard, les métastases envahissent d’autres parties de son corps. Rachida mourra dans la nuit du 19 au 20 septembre 2021, elle avait 41 ans.

 

 

 

La fondation Rachida contre le Cancer

«Garder Rachida en vie pour moi et pour mon fils». Lahcen Hammouch, par le biais de sa fondation, a pour objectif  de créer un lieu d’échanges et de partages sur la manière d’appréhender le cancer. Les populations maghrébines, mais d’autres aussi, ont ce réflexe de faire d’abord confiance à la médecine alternative, maraboutique ou ancestrale.

En Belgique, beaucoup plus d’hommes et de femmes que l’on croit y adhèrent pour soigner aussi bien un mal anodin, qu’une une maladie mortelle. Comment déconstruire ces idées reçues ? Comment entrer dans les communautés musulmanes pour sensibiliser à la nécessité d’aller très vite et en priorité vers la médecine classique ? Lahcen Hammouch en est convaincu :  c’est en ne les reniant pas mais en les incluant à la science et ses progrès. Pour lui, si l’effet placebo des médecines alternatives peut se jumeler à l’efficacité du diagnostic précoce et aux rayons, pourquoi pas ?

Aller à l’encontre des croyances aux moments où la maladie est là est trop tard et contre-productif. Pire, dangereux car beaucoup d’hommes et de femmes, comme Rachida, poseront alors un choix de fidélité aux traitements ancestraux. Mais la Fondation Rachida proposera également d’autres choses. Un service d’accompagnement des malades et surtout des personnes seules vers l’hôpital ou chez le médecin. Un numéro vert sera accessible pour les personnes désireuses d’avoir la visite d’un imam, d’un rabbin ou d’un prêtre. Des femmes formées par la Fondation et connaissant les traditions musulmanes iront rendre visite à d’autres femmes pour leur expliquer l’absolue nécessité d’un dépistage précoce et celle de faire des mammographies annuellement. Si la maladie est déjà présente, le relais sera alors donné au comité scientifique qui prendra en charge la personne pour les orienter au mieux.

Seront également organisés des débats, des séminaires, des  journées de rencontres pour sensibiliser et informer sur le cancer.  Travailler en réseau avec d’autres associations et Fondations qui œuvrent dans le même domaine. Organisation de formation de bénévoles et distribution de flyers, dépliants etc. Permanences sociales et accompagnement psychologique et ethnopsychologique. La Fondation Rachida contre le Cancer : » pour qu’il n’y ait plus de Rachida qui meure de cette manière à cause de cette maladie » 

 

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