Quand l’Europe réinvente la vieille tradition des guerres culturelles américaines

Les guerres culturelles ou l’importation en Europe de la vieille tradition des guerres culturelles américaines

On parle de plus en plus de woke et de cancel culture. Alors que le woke (dérivé de l’anglais wake, se réveiller) renvoie à la prise de conscience face au racisme, la cancel culture fait référence à l’idéologie qui vise à supprimer de l’espace public les expressions ou manifestations non conformes au politiquement correct.  C’est dans les  années 1960, que des débats de société opposant majorités morales et minorités culturelles se sont installés en Amérique du Nord mettant en exergue des enjeux qui, soixante-ans plus tard, reviennent inlassablement dans l’actualité. Droit à l’avortement, droits des homosexuels des minorités ethniques, culturelles, de genre… C’est un sociologue américain, James David Hunter qui, en publiant son ouvrage «Culture Wars : The Struggle to define America»  en 1991, répandra le concept des guerres culturelles auprès du grand public. Il élabore l’idée selon laquelle les comportements politiques des Américains suivent une polarisation autour d’enjeux qui ne se  réduisent pas au seul antagonisme économique entre classes sociales. En 1992, un an après la publication du livre de Hunter, un homme politique et commentateur ultraconservateur de la chaîne américaine MSNBC, Pat Buchanan, dira devant une convention du parti républicain que Bill Clinton (alors candidat démocrate) « adopte un programme politique féministe, en faveur des droits des homosexuels et d’être en contradiction avec les valeurs des Américains ordinaires, faisant ‘l’âme des États-Unis’ ».

L’espace politique européen gagné par les guerres culturelles ?

En 2021, il faut bien reconnaitre que les questions de racisme, de pluralisme religieux pour ne pas dire d’islam – de genre et d’orientation sexuelle occupent le haut de l’actualité politique et médiatique. Les guerres culturelles, autrefois vues comme typiquement américaines, nous rattrapent. Pire, elles ont tendance à s’amplifier, à se durcir et à s’enraciner durablement.

Lors de la première vague de la Covid-19, au printemps 2020,  beaucoup rêvaient d’une société nouvelle et imaginaient la société d’après qui seraient irrémédiablement en rupture avec celle d’avant. Le capitalisme globalisé y aurait été remis au pas par une population mondiale dotée d’une nouvelle conscience sur l’urgence d’éradiquer les inégalités et d’enrayer la destruction de l’environnement.

Un an plus tard, le capitalisme a repris sa course folle – à commence par le secteur du Bigpharma -,  la lutte contre les inégalités tergiverse et  la volonté collective de ralentir la course au profit semblent déjà bien lointaine, un peu comme ces résolutions du 31 décembre oubliées le premier janvier passé. En France, comme en Belgique, l’extrême droite se réorganise et se mobilise après avoir échoué – à l’exception de l’Italie et de l’Autriche – à prendre le pouvoir au cours des derniers cycles électoraux.

Ces conflits qui renaissent de leurs cendres et qui portent sur l’identité de nos sociétés, les valeurs, le socle commun du vivre ensemble sont le fruit de préoccupations réelles. Mais elles sont aussi le produit d’une diversion d’une classe politique impuissante à enrayer le déclin. La France en est une illustration exemplaire, quasi paradigmatique. Les  guerres culturelles y ont survécu au Covid19 avec une intensité incomparable et bien échu celui qui en trouvera le vaccin.

 

 

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