Suite de l’affaire Lola: la France peut-elle se passer des étudiants étrangers ?

 L’émoi, justifié, par la mort de Lola, fait germer dans l’esprit des radicaux de droite une volonté de repositionner le pays dans la délivrance des visas d’étudiants. Mais dans les faits, cela reste chimérique compte tenu des besoins de la France en matière de cerveaux.

Si la meurtrière de Lola est arrivée avec un visa d’étudiant, son abominable crime est surtout celui d’une personne dont le raisonnement s’est retrouvé gravement altéré. Plusieurs psychiatres interrogés par les médias convergent vers le même diagnostique, Dahbia B semble atteinte de schizophrénie, ce qui est la cause de son acharnement sur la petite Lola.

La mort d’un enfant est la tragédie suprême qu’inflige la vie. La mort d’un enfant, c’est une part de chacun d’entre nous qui s’éteint, un souffle léger et parcimonieux sur une petite flamme qui n’avait qu’un dessein, celui de briller et de participer au concert de lumière qui éclaire l’humanité. Lola ne devait pas mourir, Lola et, avant elle déjà, Maëlis, Élisabeth, Loubna, Julie, Melissa… et d’autres petites âmes douces, fragiles petits corps, tendres êtres en pleines éclosions dont la chrysalide n’était pas encore, ou à peine, fendue. Quelle monstruosité que de toucher à la pureté ! Quelle arrogance même que de l’imaginer!

Ce 14 octobre, Lola à Paris, et à d’autres moments et d’autres lieux, d’autres innocences assassinées. Qui est la meurtrière ? Une jeune femme de 24 ans. Algérienne arrivée en France avec un visa d’étudiant et qui, selon les dernières informations, vivoterait dans la capitale française. La récupération politique en France fut aussi immédiate qu’indécente. Si Marine Le Pen et son mouvement du Rassemblement National ont renoncé  à l’organisation d’une manifestation, Éric Zemmour fondateur du parti politique Reconquête s’est emparé du drame pour nourrir son fiel de la haine de l’immigré allant jusqu’à dire que ce meurtre est celui d’un « francocide », terme dont il revendique la paternité.

Lola assassinée par une profonde déséquilibrée et c’est toute la politique des visas d’étudiants qui serait requestionnée par la droite française. Si on se fixe sur l’Algérie, puisque la meurtrière est Algérienne,  Marc Sedille, consul général de France à Alger, interrogé par nos confrères du média en ligne ObservAlgérie.com relève qu’«en 2019, les trois consulats ( à Oran, Annaba et Alger) ont délivré 5300 visas d’études. En 2020, malgré la crise sanitaire et la fermeture des frontières, 6000 visas d’études ont été délivrés, puis 7500 en 2021».

Les étudiants les plus brillants qui font un parcours d’excellence dans les grandes écoles françaises ne rentrent généralement plus dans leur pays. Très vite repérés, ils sont aussitôt recrutés parfois même avant l’obtention du diplôme. Leur intégration est immédiate et l’accès à la nationalité assez rapide. La criminalité en France selon ICM ( Institut de Convergences Migrations) est majoritairement française. 85% des condamnés sont Français et 15% de nationalité étrangère.  99,2% des condamnations de personnes de nationalité étrangère sont dus à des infractions liées des délits « dont plus de 55% concernent la circulation routière et des vols et dans seulement 0,8% des crimes ».

Les pays occidentaux sont-ils prêts à se passer des étudiants issus du tiers monde ? La France, comme nombre de pays de l’UE, ne rechigne pas à offrir une place sur les bancs de leurs facultés aux étudiants potentielles élites de demain.  Selon le site Campusfrance.org : « En 2018-2019, près d’un étudiant étranger en mobilité internationale sur deux est d’origine africaine, dont 26% sont issus du Maghreb. » En 2018 et 2019, ce sont les  étudiants marocains qui sont les plus représentés en France avec un nombre atteignant les 34 900, soit 12% de la totalité.  Ils devancent les étudiants chinois eux-mêmes devant les Algériens.

Les établissements qui ont leurs préférences sont souvent les Écoles de commerce ou d’ingénieurs, plus nombreux que les étudiants français (six étudiants français sur dix, contre sept étudiants internationaux sur dix).

L’origine des étudiants détermine le  choix de l’établissement, le critère étant souvent en lien avec l’idée des études d’excellence qui domine dans l’esprit collectif de leur pays. En France, 53% des inscrits à l’université sont africains, 19% asiatiques, 19% européens et 9% américains.

Aujourd’hui, nos voisins Français sont sous le choc de la terrible tragédie du meurtre d’une enfant commis par une femme de 24 ans qui ne devait plus séjourner en France. Mais quelle que soit l’atrocité du crime et le parcours qui permit à la meurtrière de le commettre, il persiste une réalité incontournable, la France ne peut pas, objectivement, se passer des étudiants étrangers.

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