« Tilo Koto », film documentaire sur l’errance des migrants : « Le récit d’un enfer sublimé par la peinture »

 

Plusieurs fois primé, ‘Tilo Koto’ (« sous le soleil » en langues nigéro-congolaises)est un film documentaire sur l’errance des migrants : »le récit d’un enfer sublimé par la peinture. » Teaser ici

Ce documentaire éprouvant produit par Rachid Bouchared n’a pas fini de nous émouvoir. Après plusieurs expérimentations, le film a trouvé son rythme de croisière. Des paysages de désert, de mer ou de champs subissant la sécheresse alternent avec des visages de rescapés des traversées meurtrières ou des femmes endeuillées. Seules lumières parmi tous ces drames racontés par les victimes ou les témoins des horreurs perpétuées sur ces émigrés spoliés et torturés aux frontières, les délicates touches de pinceau du protagoniste, qui se doit de raconter à tous ceux qui sont restés au pays, combien le chemin du départ est dangereux.

Les dizaines de cadavres qui flottent en Méditerranée en sont la preuve. Les candidats qui rêvent de l’Occident atteignent rarement leur but, raison pour laquelle le peintre tente de dissuader d’autres volontaires, de renoncer à ce projet suicidaire.

Fuir la Gambie !

Il raconte son propre parcours: originaire de la Casamance, il a d’abord fui le dictateur Yahya Jammeh sévissant en Gambie, en se rendant au Sénégal, puis au Mali. Comme c’est souvent le cas, il a été abandonné par un passeur peu scrupuleux et se retrouve torturé en Libye avant d’atteindre la Tunisie avec 125 camarades d’infortunes.

Yancouba a gardé de cet enfer des souvenirs qui le hantent et qu’il tente d’expulser par la peinture. Ses toiles douloureuses racontent les insupportables conditions des voyages. Ils sont très peu à surmonter ces épreuves. Les mères se désespèrent de ces intolérables disparitions et préfèrent encore supporter la misère que de les voir repartir.

 

De longs mois de repérage…

Ce film remarquable a nécessité de longs mois de repérages et une constante collaboration entre les deux réalisatrices qui nous livrent ici un récit essentiel où les mots et les situations sont évoquées dans toute leur vérité.

Le charisme particulier de Yancouba Badji les a incitées à en faire le protagoniste du film. Au fur et à mesure du tournage, celui-ci a pressenti une autre réponse à ce drame partagé et a pu commencer à concevoir une autre porte de sortie : celle de lapeinture.

Ses toiles sont criantes de vérité et ne laissent aucune ambiguïté sur la cruauté avec laquelle, lui et ses compagnons ont dû affronter la traversée. Mais depuis, il a trouvé une autre mission qu’il tient à accomplir: dissuader les autres jeunes de partir et tenter de trouver sur places d’autres moyens pour survivre.

Les femmes sont les plus maltraitées, car apparaissent comme des proies faciles pour les prédateurs qui les prostituent pour un pot de yaourt. Ce film, lucide et lumineux, pose les bonnes questions. Que peut faire l’Europe pour mettre fin à ces drames ? Comment les Africains eux mêmes peuvent -ils éviter ces pièges meurtriers ?

Le peintre rescapé du naufrage cultive la terre aux côtés de sa mère, enfin apaisée : « Ce film fait la lumière sur des choses parfois confuses pour les européens qui n’arrivent pas à comprendre pourquoi ces migrants arrivent sur leurs terres. Tilo Koto, c’est la parole des sans -voix, de tous ceux qui souffrent … » déclare Yancouba Badji, qui nous incite à soutenir ce film dès sa sortie.

Une trilogie sur l’émigration

« Tilo Koto est le dernier film dune trilogie dont chacun dit l’émigration clandestine d’un point de vue particulier : du point de vue de celles qui restent au pays dans l’attente de nouvelles des disparus(…) »  confie Sophie Bachelier, l’une des deux réalisatrices du film.

« La radicalité simpose à moi. La parole de ces mères de famille, de ces épouses contient une telle puissance quon se passe aisément de mouvement, de couleur ou dautres images que celle – unique – de chacune face caméra, en plan fixe(…).

 

Les réalisatrices ont eu l’honnêteté de ne pas promettre aux participants du film un miroir aux alouettes :

Nous ne pouvons pas vous aider à refaire vos papiers ni à traverser la mer Méditerranée, nous navons pas ce pouvoir. Nous ne pouvons vous donner de largent car vous êtes trop nombreux, que nous nen avons pas les moyens, mais aussi parce que nous ne voulons pas être complices de votre disparition sur ce chemin que nous savons trop dangereux. Par contre, nous nous sentons responsables et concernées par ce qui vous arrive, cest pourquoi nous désirons faire ce film avec vous. Un film qui sera votre espace de parole, un espace de liberté partagé. Témoignent les les deux femmes à la genèse de ce film.

Tilo Koto: un film  de Sophie Bachelier et Valérie Malek avec Yancouba Badji

Catherine Belkhodja


Sortie du film : 15 décembre.

Vernissage  : 22 décembre.

A Paris, il est programmé le 15 et le 22 décembre au Luminor à 20H30 et le 18 décembre à l’Entrepot à 16h30.  Les 2 séances au luminor ( du 15 et 22 décembre ) et celle de l’Entrepôt sont organisées avec des débats. Pour les autres séances, voir le programme.

Les projections  seront suivies de débats mais le 22 décembre aura lieu également dès 17h, le vernissage à la galerie Talmart de l’exposition de Yancouba Badji, peintre autodidacte, qui fait preuve de résilience après l’échec de ses quatre tentatives de fuite de son pays natal.

 

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