Werner Lambersy : mère juive, père engagé dans la SS. Portrait d’un poète pas comme les autres

 

Cest à travers un livre, Ligne de fond, paru aux éditions La Rumeur Libre que lon peut un peu mieux comprendre le poète belge disparu à l’âge de 80 ans en octobre dernier. Louvrage est un dialogue entre Werner Lambersy et  Philippe Bouret.

 En 2015,  Lambersy reçoit le  prix Mallarmé, pour «La perte du temps » que l’auteur présentait ainsi: « On aura pratiqué  dans ce recueil que les contraintes d’écouter et de rendre sur un maigre instrument la partie du souffle qui, comme le vent dans les arbres, tutoie les feuilles avant den emporter le frisson » S’ensuivent trois années de « conversations, de rires, de silences , de joies et de moments plus mélancoliques « dans différents lieux de Paris ou de Brive la Gaillarde, où vit Philippe Bouret, psychanalyste.

Membre de l’Ecole de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, son écoute acérée fait dire à Werner Lambersy devenu son ami depuis «  Me lire dans ton texte revisité me paraît donc entendre parler un autre, écouter mon «  autre histoire ».

Trois traumatismes fondateurs.

Philippe Bouret relate trois traumatismes dans la vie de Werner Lambersy. L’effroi, lors de sa naissance brutale que le poète décrit comme un enfer. Plongé brutalement dans l’eau brûlante puis glacée pour le faire crier, ce premier souffle forcé laisse une empreinte indélébile dans son corps.

Depuis, il nage nu dans des torrents glacés en reproduisant ce cri primal qui l’a sauvé du néant.
Le costume de SS en papier crépon que son père avait fait fabriquer pour lui, à son image. C’est là que le poète a rejeté complètement sa langue maternelle pour écrire en français.

Autre drame : l’explosion, à Anvers, d’un pont qu’il venait de franchir à l’âge de quatre ans. Le poète se souviendra toujours du bruit de la déflagration. Werner pointe la différence entre l’absence, toujours douloureusement vécue, et la solitude qui ne vient jamais de l’extérieur mais dont on est volontairement ou non, responsable.

Une mine danecdotes savoureuses..

Ce livre est une mine de trésors enfouis dans l’écriture. On y découvre le rapport que le poète entretenait avec les femmes, qu’il ne pouvait s’empêcher de séduire, son initiation à la sexualité et à l’amour, deux concepts qu’il oppose au départ, avant de rencontrer Patricia, la femme de sa vie.

On découvre aussi comment le poète, jouissant de la beauté du crépuscule, faillit mourir en avalant une guêpe, et récidive presque quelques années plus tard.

Lambersy était un véritable aventurier, affrontant les typhons dans un bateau chargé de cochons, champion de sabre, passeur de bijoux aux frontières, il achète un stock de pièces d’or pour son mécène attitré «« qui passait 24h sur 24 à penser à largent alors que lui passait 24h sur 24 à penser à la poésie. »

L’écoute du psychanalyste et la précision dun lecteur éclairé vigilant

Parce qu’il connaît particulièrement bien l’œuvre de Lambersy et qu’il sait porter la lumière sur les narrations de vie qu’il a l’habitude de décrypter, le livre est absolument passionnant. Un constant aller-retour permet de lier des extraits de poésie aux expériences de vie qui les ont inspirées. On y trouve aussi toutes les rencontres marquantes avec d’autres écrivains pour la plupart. « Je peux dire que ma vie est réussie parce que je les ai croisé et non seulement croisé mais aussi côtoyé, pour certains de manière très proche.

Ligne de fond. Werner Lambersy et Philippe Bouret.
La rumeur libre éditions. 2019
Broché 272 pages.
Format: 14,1 X 2,4 X19,2 cm

ISBN -13: 978-2-35577-184-2
ISBN -10: 2355771842

Prix : 19 euros

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