Fermeture des cinémas et théâtres. Ben Hamidou et Zidani, comédiens : « Les artistes sont encore les dindons de la farce »

La mesure prise par CODECO de fermeture des lieux culturels met en colère les artistes mais aussi le public. Face à une possible résurgence des cas de Covid-19 dû au variant Omicron, des décisions sont prises qui mettent tout un secteur en danger de mort.

Plusieurs membres du GEMS (le Groupe d’Expert et de Management de la Stratégie de lutte contre le coronavirus) le disent, cette décision n’était pas recommandée dans leur rapport. Si la fermeture du monde culturel était préconisée, cela ne l’était que dans l’hypothèse d’une dégradation  épidémiologique importante. Le GEMS aurait alors également sollicité la fermeture des hôtels, cafés, restaurants et toutes les activités avec rassemblement de masse. Cette mise à l’arrêt du secteur culturel n’a de sens que s’il se trouve associé à d’autres mesures fortes d’après le groupe d’experts.

Divercite.be est allé à la rencontre de deux comédiens belges de théâtre et de cinéma: Ben Hamidou et Zidani. Ils nous livrent leur témoignage fait d’incompréhension et de colère.

Divercite.be : Quelle a été votre première réaction à l’annonce de la décision prise par le CODECO ?

Zidani : je constate qu’il y a vraiment un problème de vision de la part des politiques, en tout cas de la part de certains politiques face au monde culturel. On nous dit que les chiffres des contaminations sont bons, mais on s’en prend quand même à la culture.

Ben Hamidou : on ne suivra pas comme des moutons, il faut une désobéissance civile. Les bourgmestres ont autorisé l’ouverture des théâtres. Les experts sont formels : il n’y pas de danger. Les théâtres ont investi beaucoup de moyens pour rendre les lieux sûrs. Les gens sont vaccinés et prudents. Donc, je ne comprends vraiment pas. Je dois jouer un nouveau spectacle en février 2022 mais là, je vois les choses venir.

Zidani : début décembre, on avait déjà dit : une jauge de 200 personnes maximum sera acceptée quelle que soit la grandeur de la salle. C’était déjà délirant ! Le Cirque Royal, c’est 2000 places et des moyens importants contre le Covid mais on n’en tient pas compte. On avait déjà relevé l’absurdité de cette mesure en 2020. La plupart des théâtres ont fait le nécessaire pour appliquer les règles et pourtant leur travail n’est pas considéré. On ne réalise pas ce que cela implique. Il y a le travail des comédiens, mais aussi les régisseurs les attachés de presse, les afficheurs etc. Un réseau énorme de personnes.

Divercite.be : vous sentez vous les laissés-pour-compte de la situation pandémique ?

Ben Hamidou : on doit apprendre à vivre normalement, sinon il n’y aura plus jamais de spectacle. Les théâtres doivent continuer à ouvrir et nous devons continuer à travailler. Des gens ont perdu leur travail. Les régisseurs, les gens qui travaillent à la pige… Le contrat commence quand on joue… Si les théâtres ne peuvent pas ouvrir, ils ne peuvent pas non plus nous payer. Ce qui est normal.

Zidani : On n’est pas assez représentés. Je pense que nous devons exiger que des experts de la culture fassent partie du CODECO. De manière certaine, il faut qu’on mette un cadre. On ne peut pas comme ça, être traité comme des enfants à qui on dirait : « Tu iras au théâtre plus tard ». Le théâtre, c’est notre métier et notre gagne-pain.

 

photo : Bénédicte Maindiaux.
photo :  Bénédicte Maindiaux.

Divercite.be : On dit que la culture souffre d’un manque de reconnaissance en Belgique, partagez vous cet avis ?

Zidani : On est déjà défavorisé par rapport au reste de la population. On travaille les dimanches, les jours fériés… On ne peut jamais récupérer ces jours-là et on n’est jamais payés double parce qu’on joue un jour de congé légal. Un manque de reconnaissance, certainement ! Vous savez, si on veut faire un emprunt à la banque, par exemple, on est considérés comme étant des chômeurs de longue durée. C’est ça notre statut. Il faut à un moment donné dire stop !

Ben Hamidou : tous les métiers liés aux spectacles souffrent de ce manque de reconnaissance. On parle de dédommagement. Mais les dédommagements arrivent deux mois ou trois mois après les prestations. Des cacahuètes en plus. Ça a été dur pour tout le monde et nous, on a bien payé le prix de cette crise. Des artistes autour de moi ont tout perdu jusqu’à leur maison ou leur couple. Le drame, c’est que nous avons tout fait en bons élèves et finalement, on est recalés. Mais pourquoi ? Est-ce qu’on peut avoir une explication ? Non ! parce qu’il n’y a tout simplement pas d’explication !

Ben Hamidou
Ben Hamidou

Divercite.be : Etes-vous prêts réellement à aller jusqu’à la désobéissance civile ?

Ben Hamidou : désobéissance civile, je pense que c’est la seule solution. Que des théâtres décident de rester ouverts, c’est très bien! Il faut donner de l’espoir aux gens. On parle de santé mentale, mais c’est tout à fait ça. Les gens ont besoin de se divertir.

Zidani : à un moment donné, quand l’État ne réagit pas correctement ou, en tout cas, ne tient pas compte du dialogue avec ses citoyens et bien les citoyens doivent faire comme le gouvernement et ne plus les écouter.

Divercite.be : quelles autres solutions préconisez vous ?

Zidani : je vois sur les réseaux sociaux que nous sommes soutenus par l’ensemble de la population, même certains politiques se sont manifestés et ont pris clairement la parole pour signaler leur mécontentement. Je trouve cela très bien.

Ben Hamidou : il faut  aller jusqu’au bout, il faut continuer. En respectant bien sûr les règles sanitaires. Les gens sont testés, vaccinés et ils ont leur masque. On va peut-être leur demander de ne plus respirer ? Franchement, on ne sait pas du tout ce qui s’est passé dans ces réunions du CODECO. Une chose est sûre … ils sont en train de se planter.

Divercite.be:  auriez vous imaginé une fin d’année 2021 aussi cruelle pour les artistes ?

Zidani : Non pas du tout. La surprise a été totale. C’est une atteinte au droit à la culture. L’État fédéral ne fonctionne plus. Je trouve que ce qui arrive là est le témoignage et le résultat d’un gouvernement qui ne fonctionne pas bien.

Ben Hamidou : je pense à tous ces gens qui travaillent à la pige, c’est une catastrophe. Le contrat commence quand on joue. Le théâtre, va te dire : « Écoute, c’est super, on est solidaire avec toi, mais ce n’est pas de notre faute. Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? ». Dédommagement, d’accord, mais je ne te parle même pas de la paperasse qu’il faut faire avant. Et puis tu reçois un virement de 2 500 ou de 3 000€ des mois après. 

Divercite.be : une dernière chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ?

Zidani : pour moi, à partir du moment où il n’y a pas une mise en danger particulière, on doit continuer à faire notre métier. Avec la limitation des jauges, les gens qui doivent mettre un masque, le Covid Safe ticket… Beaucoup de théâtres se sont équipés d’un extracteur d’air. Tous les théâtres se sont organisés. Continuez à nous soutenir !

Ben Hamidou : 200 personnes dans une salle de 500 personnes?  Où est le danger ? Il y a des marchandages politiques, mais je ne m’explique pas ces restrictions qui ciblent la culture. Les virologues n’ont pas préconisé de fermeture. Alors pourquoi ? Les politiques sont en train de se mettre la population à dos. J’espère qu’on aura beaucoup de monde à la manif de ce dimanche 26 décembre (NDLR au Mont des Arts à Bruxelles). Il faut mobiliser un maximum et puis désobéir. Tant pis ! C’est clair que je vais manifester demain parce que de toute façon personne ne le fera à votre place.

 

 

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