Accusé de propos haineux, l’imam Mahjoub Mahjoubi a été interpellé en vue de son expulsion de France

Accusé d’avoir proféré des appels à la haine dans ses prêches, l’imam tunisien de la mosquée de Bagnols-sur-Cèze (Gard), Mahjoub Mahjoubi, a été interpellé et est en route vers un centre de rétention en vue de son expulsion, qu’il entend contester.

Installé en France depuis le milieu des années 1980, marié et père de quatre enfants, Mahjoub Mahjoubi était depuis plusieurs jours dans la ligne de mire du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui avait demandé dimanche le retrait de son titre de séjour.

  1. Darmanin avait de même demandé au préfet de signaler « les propos de l’imam (Mahjoub Mahjoubi) au procureur de la République » de Nîmes. Une démarche à l’issue de laquelle la procureure de Nîmes, Cécile Gensac, avait annoncé lundi avoir ouvert une enquête préliminaire pour apologie du terrorisme.

Jeudi, à la mi-journée, M. Mahjoubi « a été interpellé à son domicile par les services de police, qui lui ont notifié un arrêté d’expulsion émanant du ministère de l’Intérieur, avec un placement en rétention administrative immédiat en région parisienne », a annoncé auprès de BFMTV son avocat, Me Samir Hamroun, selon qui son client est « abasourdi » et « bouleversé ».

Le transport de M. Mahjoubi vers la région parisienne, où il doit être placé dans un centre de rétention administrative, « est en cours », a précisé l’avocat, en ajoutant qu’il allait « tout de suite s’atteler à contester l’arrêté d’expulsion », dans le délai de 48 heures dont il dispose.

« Instruction a été donnée de prendre un arrêté ministériel d’expulsion contre cet +imam+ radical aux propos inacceptables et il a fait l’objet d’une visite domiciliaire et d’une interpellation », a confirmé ensuite sur X (anciennement Twitter) le ministre de l’Intérieur.

« Sans la loi immigration, cela n’aurait pas pu être possible. La fermeté est la règle », a affirmé Gérald Darmanin.

Drapeaux sataniques ? 

Mahjoub Mahjoubi est visé notamment pour la diffusion d’une vidéo dans laquelle il qualifiait le « drapeau tricolore » -sans préciser s’il s’agissait du drapeau français- de « drapeau satanique » qui n’aurait « aucune valeur auprès d’Allah ».

« Oui, évidemment, il y a appel à la haine », avait commenté mardi sur Franceinfo le préfet du Gard, Jérôme Bonet, en expliquant que ce n’était pas l’unique raison de sa mise en cause.

L’imam fait l’objet d’un suivi depuis plusieurs mois, avait insisté le préfet, évoquant une « mosquée à la dérive »: et « quand j’entends parler d’un +lapsus+ au sujet des drapeaux, c’est un lapsus qui dure plusieurs dizaines de minutes (avec) des propos qui ne touchent pas qu’à la question du drapeau qui tiennent également à la place de la femme, du peuple juif qu’il désigne comme un ennemi ».

« Je ne parlais en aucun cas du drapeau français », s’était défendu sur plusieurs médias Mahjoub Mahjoubi, expliquant qu’il dénonçait les rivalités entre supporters lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN): « Je parle des stades et de tous ces drapeaux qu’on lève dans les stades et qui divisent les musulmans ».

« J’ai fait un lapsus, je ne suis pas Voltaire ni Victor Hugo. Dans mes propos, au lieu de dire : +Tous ces drapeaux multicolores ou de différentes couleurs+, eh bien j’ai dit : +Tous ces drapeaux tricolores+, mais en aucun cas je ne parlais de la France », avait ajouté M. Mahjoubi.

« Personne ne le croira » 

« Bien au contraire, je défends la République, la laïcité. Bien entendu, j’ai défendu Samuel Paty (le professeur assassiné en 2020 par un jeune jihadiste). J’étais dans la marche pour Charlie Hebdo », avait poursuivi l’imam.

« Il y a plusieurs dizaines de minutes de prêches qui ont été analysées et qui recèlent bien d’autres choses que ce pseudo lapsus », avait répliqué Jérôme Bonet sur Franceinfo.

« Il parle bien de drapeaux au pluriel, il critique les nationalismes », a répété jeudi son avocat sur BFMTV, en estimant toutefois que « personne ne croira » son client parce qu' »il a une barbe », qu' »il a un accent ».

« Le ministère de l’Intérieur croit-il vraiment que M. Mahjoubi voulait dire que la France, la laïcité, l’égalité hommes-femmes, sont des principes sataniques ? Absolument pas », a insisté Me Hamroun.

 

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