La folle mécanique de la confiscation du pouvoir au sein de l’EMB: Analyse (3/3)

C’est en 2014 qu’il faut remonter pour la mise en place de l’Exécutif actuel. Par arrêté royal, le gouvernement belge reconnaît en 2014  les 17 personnes élues par une assemblée de délégués des mosquées. C’est le belgo-marocain liégeois Noureddine Smaïli qui émerge comme nouveau Président. Peu après sa désignation, l’institution chavire. Et c’est Salah Echallaoui, inspecteur de religion islamique en Fédération Wallonie-Bruxelles, qui est appelé à reprendre le flambeau. 

Nous sommes alors durant des années de haute tension pour la religion musulmane qui subit le contrecoup des attaques terroristes djihadistes en Europe et des vagues de départ de jeunes Belges vers la Syrie. Echallaoui est un négociateur chevronné et est reconnu comme l’un des meilleurs techniciens des questions liées au culte musulman. Sa gestion est toutefois accusée par ses opposants d’autoritaire et d’opaque (Voir ici).

Essayons d’y voir clair.

Satellisation

La satellisation est le premier grief formulé contre la gestion de l’Exécutif. Depuis 1999, les institutions musulmanes se sont en effet multipliées. L’objectif recherché était d’organiser au mieux les besoins de la communauté. Si l’Exécutif des Musulmans de Belgique reste l’organe représentatif du temporel du culte auprès des gouvernements belges, le seul reconnu par arrêté royal, d’autres organisations sont nées à ses côtés. Citons le Conseil de coordination des institutions islamiques de Belgique (CIB), l’Académie de Formation (AFOR) ainsi qu’une asbl de gestion dénommée “Collège de l’Exécutif des Musulmans de Belgique”. C’est sur cette asbl que se concentre la critique. 

Manque de transparence

Un Arrêté Royal (AR) de 2016 prévoit l’octroi d’un subside à l’Exécutif des Musulmans de Belgique. Mais ce subside devait être alloué à une asbl, dont l’assemblée générale devait contenir tous les membres de l’EMB. Les plaignants, qui sont tous membres de l’EMB, reprochent de n’avoir jamais été conviés ni aux assemblées générales ni aux conseils d’administration de l’asbl de gestion, comme l’exigeait pourtant cet AR de 2016. Pire, ils vont s’apercevoir qu’ils n’ont été admis dans l’asbl que comme membres adhérents et non comme membres effectifs, autrement dit, sans pouvoir de décision et sans possibilité d’être désignés administrateurs. Un flou artistique continue de planer à ce jour sur la composition de l’assemblée générale de cette asbl.

Concentration du pouvoir

Le manque de transparence va conduire à une concentration du pouvoir entre les mains de quelques personnes. Par voie de conséquence, il amène une perte de pouvoir au détriment des membres de l’EMB qui ne sont pas proches des dirigeants de l’asbl de gestion. C’est donc toute l’instance officielle de l’EMB qui se trouve fragilisée. C’est précisément contre leur mise à l’écart que trois membres de l’EMB se dressent aujourd’hui et introduisent une plainte devant la justice civile.

Rendez-vous le 2 décembre prochain devant le Tribunal de l’entreprise de Bruxelles

Entretemps, Salah Echallaoui, pointé du doigt par un rapport classifié de la Sûreté de l’Etat, a démissionné début 2021 et a été remplacé par Mehmet Üstün, lui aussi mis en cause récemment par un rapport de la Sûreté de l’Etat. Ces rapports finissent de carboniser la réputation de l’Exécutif sortant même si la présomption d’innocence pour ces personnes reste entière. Le Ministre de la Justice Van Quickenborne a décidé de passer la vitesse supérieure. Nous y reviendrons prochainement. En ce qui concerne, la plainte pour les manquements dans la gestion quotidienne et la désignation d’un administrateur provisoire, elle sera tranchée par le Tribunal de l’entreprise de Bruxelles le 2 décembre prochain.  

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